" Ce catholique « moyennement pratiquant » vient de remporter sa seconde grande victoire syndicale. Le 30 mai, il avait obtenu la fermeture dominicale du magasin Vuitton sur les Champs-Elysées. La semaine passée, la cour d’appel de Versailles a condamné l’ouverture, le dimanche, des 64 commerces d’Usines Center de Villacoublay dans les Yvelines. Voilà plus d’un an que Joseph Thouvenel, 48 ans, secrétaire général adjoint de la CFTC-Commerce, mène ses combats, avec l’appui des fédérations patro-nales de la chaussure et de l’habillement. Une question de principe : « C’est un choix de société : l’homme n’est pas qu’un consommateur. Le dimanche, la vie économique doit être mise entre parenthèses, affirme ce fils de l’un des premiers médecins du travail français. L’ouverturede ce type de magasins le dimanche est totalement illégale. » Vrai. La loi, compliquée, prévoit des dérogations pour cinq dimanches par an à l’initiative des maires, et des dérogations temporaires et individuelles dans les zones touristiques pour les commerces de produits culturels, à la demande des préfets.
Cet adhérent de la centrale chrétienne depuis 1981 - le jour où, agent de change, il a été élu, on lui a enlevé bureau et téléphone - fait-il une croix sur les 600 emplois qui, selon le patronat, devraient être supprimés ? « Pas du tout. Ces entreprises sont des délinquants économiques. Elles doivent financer la reconversion de leurs salariés. A cause d’elles, les petits commerces ont fermé boutique dans les centres-villes. » Ne serait-il pas un tantinet idéaliste ? « Non. Ilfaut que les politiques prennent ce problème à bras-le-corps. » Pourquoi Joseph Thouvenel a-t-il pris, un jour, une carte syndicale ? « Avant d’être agent de change, j’ai été grouillot à la Bourse, manoeuvre chez un horticulteur, gardien de nuit, homme de ménage. Dans l’une de ces entreprises, j’ai eu affaire à un chef des services généraux très compétent. Sa vie, c’était le travail. Un jour, il a reçu sa lettre de licenciement pour raison économique. Personne ne lui en avait parlé. Il est décédé très peu de temps après. » Pourquoi a-t-il choisi la CFTC ? « C’est une organisation apolitique, avec une dimension spirituelle. » Le dimanche, Thouvenel, devenu permanent syndical, conseiller de l’Autorité des Marchés financiers, ne va pas à la messe, sauf obligation. Il s’occupe de ses deux enfants, fait du sport, bouquine, et, avec des copains, s’occupe des sans-abri. « Je manque de temps pour ma vie personnelle », dit-il en souriant."
source : www.nouvelobs.com, Martine Gilson, 22 juin 2006