Initié par l’Agglo, le projet est maintenant contrôlé par la Ville.
« Je ne ferai pas ce projet contre la Ville. Notre priorité, c’est le terrain situé à Montpellier et on le fera avec la mairie. » Si ces propos d’Alain Salzman, le promoteur du projet de village des marques, ne sonnent pas forcément comme une allégeance déclarée et assumée envers la municipalité, ils en ont en tout cas les reflets. Car cette position, lâchée vendredi dernier, à l’issue de la réunion de présentation des études analysant les retombées d’un village des marques sur le commerce montpelliérain, marque un tournant : désormais ce n’est plus l’Agglo qui a la main sur le projet mais bel et bien la Ville.
Annoncée en grande pompe en mars dernier par Georges Frêche, président de l’Agglo, cette idée avait pris les traits d’une opération de communication, lancée avant toute concertation. Sans même l’avis de la mairie. « On nous a balancé un projet sur un terrain qui appartient à la Ville sans étude », a encore rappelé, non sans malice mais sans citer personne, Hélène Mandroux, vendredi dernier. Aujourd’hui, l’Agglo a totalement perdu la main sur ce dossier. Sans le dire directement, Alain Salzman l’a même acté de manière alambiquée lors de la conférence de presse. « Je suis content que l’on ait enfin une vraie réunion avec tous les acteurs », a-t-il glissé. Faut-il comprendre qu’il reconnaît la précipitation avec laquelle l’Agglo a imposé le projet ?
Depuis peu, les langues se délient. « Frêche n’était pas vraiment favorable au début. Il traînait les pieds. Il n’était pas follement séduit. Un jour, ses services avaient organisé une rencontre avec Salzman. Il a oublié de venir », explique un acteur au fait de la vie au sein de l’hôtel d’agglomération. On raconte aussi qu’en privé, le président de l’Agglo ne se montrerait plus aussi emballé par le projet. Et qu’il aurait reproché à ses services, à la veille du week-end, de lui imposer un « projet galère », malvenu, à quelques mois des élections régionales. Et puis, il n’est pas inutile de rappeler que Georges Frêche, alors maire, était farouchement opposé à un plan similaire, prévu du côté du péage autoroutier de Gallargues, il y a une dizaine d’années.
« Salzman a pris acte du rapport des forces. Il a compris qui avait les vrais pouvoirs en matière d’urbanisme. La Ville, ça reste la Ville et elle a des armes », insiste-t-on en mairie. Pour obtenir son adhésion, Hélène Mandroux a su faire évoluer sa propre position sur ce projet. D’abord hostile, elle se donne aujourd’hui un peu d’air en jouant la montre. Mais rien ne dit que cette nouvelle donne n’arrange pas finalement Alain Salzman. « Le contexte économique n’est plus aussi porteur qu’au début, lorsque tout cela a été annoncé. Peut-être également que certains lui ont conseillé d’attendre après les régionales », suggère un haut responsable.
Un tour de passe-passe d’Hélène Mandroux et Alain Salzman s’assiéra bien à la droite du maire. J.-Michel MART
Karim MAOUDJ
Source :www.midilibre.com, 26.10.2009