Village des Alpes : les retombées possibles pour les commerces bellegardiens

Premier concerné par l’impact du village de marques sur l’économie du Pays Bellegardien, Michel De Souza est totalement convaincu des conséquences positives de l’installation du projet sur l’activité générale.

« Le village en lui-même représente déjà 80 millions d’euros d’investissement, note-t-il. La communauté de communes va injecter, elle, environ 1,5 million dans l’agencement de la zone, sans parler d’une ligne complète de transport. Le village, ce sera aussi de l’hôtellerie, de la restauration, de la logistique, de la sécurité, de l’entretien... Autant d’emplois. Par ailleurs, il est probable que le village attirera des enseignes qui ne voudront pas être absentes de l’offre globale proposée sur le bassin. De quoi revaloriser les pas de portes qui, à Bellegarde, avaient un peu de mal à se vendre. On peut aussi imaginer l’arrivée de sociétés de sécurité, de communication, de publicité. » Roger Chamoux, lui, tient le bar-restaurant "Au bon coin", rue de la Caserne, à l’angle de la rue Louis-Dumont. Un site qui a souffert des longs travaux de la nouvelle gare et de la ligne du Haut-Bugey. Pour Roger, le village de marques est un peu la bouée de sauvetage : « Contrairement à ce que l’on pourrait croire, je ne suis pas très bien placé par rapport à la nouvelle gare. Il n’y a pas d’accès direct des quais à chez moi, il faut descendre au dôme et remonter ensuite, ce n’est pas incitatif. Par ailleurs, avec ces histoires de stationnement, je me bats tous les jours contre les usagers de a gare qui ont tendance à squatter mes emplacements. Je serais d’ailleurs prêt à sacrifier quelques places pour installer une terrasse ! Mais encore faudrait-il que le cadre soit rendu un peu plus agréable par un peu d’élagage, le quartier est un peu oublié à ce sujet... La bonne nouvelle du village de marques, pour moi, c’est avant tout parce que ça revalorise les biens immobiliers. »

« On va enfin être écouté dans la Région » Le village de marques fait la quasi unanimité chez l’ensemble des commerçants locaux, à l’exception de quelques irréductibles détracteurs historiques du projet. Selon Hervé Kiock, président de l’UCOB (Union des commerçants bellegardiens), « il fallait un résultat pour que la ville se situe et crée un point d’ancrage. Avec le village de marques, Bellegarde va prendre du volume. Cela va permettre de créer des emplois, une synergie pour le petit commerce. Dans les premiers temps, certaines boutiques du centre-ville, notamment celles dédiées à l’équipement de la personne, risquent de souffrir. Les clients vont aller se promener dans les magasins du haut. Ils reviendront en centre-ville. Nous sommes des professionnels qui conseillons nos clients. Le village de marques fera moins de mal que les zones commerciales d’Epagny et Val Thoiry. Il vaut mieux qu’il se fasse ici pour les investisseurs extérieurs. Je ne sais pas ce que cela va apporter au petit commerce de centre-ville. Peut-être que des franchises de magasins, entre 500 et 600 m² viendront s’installer à côté. Même si le centre-ville ne récupère que 1 % du million de visiteurs prévu, c’est bien ! On va être enfin écouté dans la Région. La ville va changer d’image. Avec l’ouverture de la gare, les travaux futurs d’urbanisme, tout va se mettre en place. Il manquait une étincelle, on a eu un coup de chalumeau ! Cela va contribuer au refleurissement des boutiques dans le centre-ville. » Même son de cloches rue de la République à la maroquinerie de Françoise Boughariou : « La ville se paupérise au niveau de l’offre commerciale. Avec le village de marques, des enseignes nationales viendront peut-être s’installer en centre-ville. On aurait aimé que le projet voit le jour trois ans plus tôt. J’espère que ce n’est pas trop tard, à cause d’Internet. » Elle n’a pas peur de cette nouvelle concurrence : « Ce ne serapas de la belle maroquinerie qui sera vendue. On garde le service, les belles boutiques, le conseil pour la clientèle. Plus on a de concurrents, plus on a d’offre pour la clientèle. S’il y a besoin de se réadapter, on le fera. » Laetitia Ozbhar tient une boutique de vêtements. « Le village de marques peut amener du monde en centre-ville. Les marques que nous vendons ne seront normalement pas là-haut, ce sera beaucoup de déstockage. Ce sera une vitrine. Les gens sauront ensuite où est Bellegarde. » Un moyen pour revitaliser le centre-ville ? C’est l’avis de Dominique Pinet. « Il nous manque des hôtels, des restaurants. La foule attire la foule. Il faudra s’adapter à l’ère du temps. La ville s’endormait, elle n’est pas attractive aujourd’hui. Il fallait un moteur pour que reviennent les investisseurs. C’est un sacrifice pour mieux rebondir. »

« La fin du petit commerce de centre-ville » Le restaurateur Jean-Michel Ruegg est encore plus dithyrambique. « Les restaurateurs seront les premiers bénéficiares. Si on a un million de visiteurs en haut, il y en a forcément qui vont descendre et prolonger leur balade. » Isabelle, du bar "Chez Lilette", « ne pense pas que cela va changer grand chose. On ne va pas avoir un afflux de clientèle en centre-ville. C’est positif pour les emplois créés. Les boutiques de vêtements en ville ont peut-être plus de soucis à se faire. » Dans ce concert de commentaires élogieux, seul Bernard François des "Terroirs", estime que « cela fera crever encore plus vite le centre-ville. Les gens vont aller dépenser leur argent là-haut et ne viendront plus à Bellegarde. C’est la fin du petit commerce ! » Le détracteur historique du projet, Michel Savoyat, propriétaire du magasin "Les deux passages" n’a pas souhaité s’exprimer dans nos colonnes.

GILLES MOINE ET JULIEN CHAMPCLOS

Source : www.latribunerepublicaine.fr, 15.06.2010

 

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