Trois heures, les yeux rivés vers la porte. Autant d’allers-retours à fouler le couloir du troisième étage de la préfecture de Bourg-en-Bresse. Et c’est le bip d’un texto, envoyé sur un téléphone portable, qui délivre la réponse.
« C’est perdu, non, c’est perdu », clame Marc Vaquier, l’investisseur du Village des Alpes, mimant le "non" de la tête, aux yeux encore hagards tournés vers lui. « 8-8, c’est perdu », répète-t-il. Comme si repasser l’expression en boucle permettait de rejouer la scène et, peut-être, changer le résultat.
Mais c’est plutôt un vieux remake du vote de 2007, qui défile sous les yeux de chacun.
La porte du fond du couloir s’ouvre, dans l’entrebâillement, les yeux noirs et les traits crispés du maire de Châtillon-en-Michaille, Patrick Perréard, ne laissent plus aucun espoir aux sceptiques quant à la décision officielle.
Un nouveau "non", un nouveau nul, pour les 16 votants (10 membres étaient absents). Un nul qui fait perdre le match, joué hier, salle du Parc. La Commission départementale d’aménagement commercial (CDAC) a officiellement refusé le projet.
Oyonnax a fait volte-face
Quelques heures avant que la porte de la salle du Parc ne se referme, les derniers pointages des porteurs du projet, le président de la Communauté de communes du Pays bellegardien, Michel de Souza, Régis Petit, le maire de Bellegarde, et Patrick Perreard, le confirmait : « Tout se jouera à une voix. »
Ce sont finalement deux votes qui ont fait défaut à la délégation bellegardienne.
Michel Perraud, maire d’Oyonnax, en tête de liste. Entre sourires et accolades, le nouvel édile de la ville voisine soutenait le projet depuis son élection, il y a deux ans. « Et Oyonnax a fait volte-face », lâche un Michel De Souza écœuré.
Il est d’ailleurs le premier membre à se faufiler, pour sortir de la salle, d’un pas pressé. La tête baissée, Michel Perraud rase les murs. De peur d’avoir à affronter la troisième mi-temps... Mais les voix amères et ironiques du maire de Châtillon-en-Michaille le rattrapent « merci, Oyonnax ».
Michel Perraud avait déjà changé de colonne dans les statistiques des trois mousquetaires, défendeurs du village de marques, depuis la veille du vote. Le maire d’Oyonnax n’aurait pas résisté aux pressions de l’association de commerçants de sa ville, fortement opposée « à une concurrence ».
Celle-ci a fait mal. Mais la plus surprenante, pour la délégation bellegardienne, c’est Marie Alexandre, de l’association de l’Ain, Heliante, membre incarnant la personne qualifiée en matière de développement durable.
« On ne comprend pas », réagissent-ils. Même Denis Perron, vice-président du Conseil général de l’Ain, qui a fait valoir un "oui", reste éberlué.
« Dans ce débat de développement durable, critère d’évaluation du dossier, on a pensé plus à l’environnemental qu’au social. On sait bien qu’il y a, pour beaucoup, la crainte de concurrence entre territoires. C ?était très serré et c’était une question de solidarité ».
Une solidarité qui a manqué, sur ce dossier. « Mis à part le Conseil général, l’Ain ne nous a pas soutenus. Il est clair qu’il ne veut pas de ce projet », insiste Michel de Souza, déçu que, depuis 2007, les arguments n’aient pas changé. « On se heurte à ces arguments de concurrence du petit commerce, lancés par les chambres de commerces et d’industrie. Le problème c’est que grandes villes veulent le développement que dans leur centre ». Ainsi, les petites villes d’Isère et de Savoie se sont montrées solidaires au projet. Contrairement aux villes de Lyon, Lons-le-Saunier, Mâcon, et Metz-Tessy, en Haute-Savoie, fermement opposés. Alors que le représentant des consommateurs de Haute-Savoie s’était prononcé favorablement...
Source : www.ledauphine.com, 20.01.2010