Village de marques : comment la CCPB a fait pour gagner

Cette fois, ça y est la Commission nationale d’aménagement commercial a rendu mercredi un verdict favorable en faveur du centre de marques Bellegarde-Châtillon. Une nouvelle officialisée lundi après-midi par la préfecture de l’Ain. Qui osait encore y croire ? Les porteurs du projet mis à part, immergés qu’ils étaient dans leur discrétion volontaire, ils n’étaient plus trop nombreux à croire qu’il y avait encore une chance pour le village de marques dans le bassin bellegardien. Surtout après cinq ans d’efforts soutenus, le double échec du premier projet en 2007, et un premier échec du 2e projet en janvier dernier. Et pourtant si. Présenté en CNAC mercredi 26 mai par Michel De Souza, Patrick Perréard, Régis Petit, Etienne Blanc et Rachel Mazuir, le projet a - ô miracle -, obtenu l’aval de la commission. « Nous avons tout connu dans ce dossier, expliquait jeudi soir en conseil communautaire le président Michel De Souza : des moments d’euphorie, d’espoir, et de grande déception. Euphorie, espoir lorsqu’avec 19 cars et plus de 1 000 personnes nous sommes montés à Bourg avant la CDEC de 2007 pour témoigner de la fois de la population dans ce projet ; euphorie, espoir, lorsque des centaines de personnes se sont rassemblées, avant la CNEC, pour figurer un oui géant sur la place Carnot... Et la déception, immense lors du premier refus à trois voix contre trois. Il nous a fallu de l’énergie pour aller combattre en CNEC, à Paris, en novembre 2007, pour nous faire balayer par des arguments qui n’avaient pas grand chose à voir avec le fond du dossier... » Bien que refroidis par ces deux refus successifs et l’hostilité palpable des territoires environnants, pour ne pas dire d’hommes politiques en vue, les élus du bassin bellegardien et les investisseurs ont décidé de ne pas baisser les bras : « Le village de marques n’est pas mort » proclamait à l’époque Giles Membrey, pdg de Bergerac Outlets. Si, depuis, les Anglais ont pris un peu de recul, un nouvel investisseur, MAB Development France SA, a pris le relais aux côtés des élus locaux. Dans la plus grande discrétion, afin de ne pas agiter les rangs des opposants, ils ont tiré tous les enseignements de la première expérience, et revu leur copie. Le projet a été recalibré à 30 % de sa taille initiale, avec 90 boutiques au lieu de 134 et un potentiel de 500 emplois directs. « Nous avons particulièrement soigné la qualité paysagère, par rapport aux nouvelles normes exigées, et traqué toutes les failles techniques et administratives. Il fallait que nous soyions inattaquables, poursuit Michel De Souza. Une autre tâche, et non des moindres, a consisté faire du lobbying, à persuader les interlocuteurs à tous les niveaux administratif et politique du bien fondé du projet et de sa nécessité pour sauver un bassin de vie au bord de l’asphyxie : après la fermeture de SKW-Péchiney, d’Eider, de Sadag, de Scapa Tapes et les menaces qui planent sur Lejaby (voir plus loin), la coupe est pleine en pays bellegardien, et il était indispensable de réussir. « Nous sommes montés à Paris avec un dossier solide, très bien construit, juridiquement incontestable, sur un terrain politique bien préparé. Et, une fois encore, le soutien inconditionnel des commerçants et de la population du bassin et de territoires amis. » Les cinq hommes ont eu trois minutes chacun pour défendre le projet : au total, un quart d’heure, c’est bien peu pour un tel enjeu ! Quelques opposants, dont le maire de Mâcon, étaient là. Ils ont également été écoutés ; mais la commission a tranché et donné un avis favorable. « Il y a donc 99 % de chances pour que le village de marques voie le jour sur la zone intercommunale de Vouvray d’ici quelques années » souriait le président en faisant défiler dans l’assemblée et l’auditoire des photos grand format du projet et en rappelant que « cette victoire a été possible grâce au climat de confiance et de respect entre tous au sein de la communauté, au soutien massif et sans faille de chacun des membres. » Pour Régis Petit, fatigué, mais heureux, « c’est la victoire du conseil communautaire, avec le soutien du député Etienne Blanc, du président du conseil général et sénateur Rachel Mazuir, et du conseiller général du canton Guy Larmanjat ; dans ce dossier, concluait le maire de Bellegarde, on a laissé la politique au vestiaire ! » Symboliquement, Michel De Souza a invité Guy Larmanjat à s’assoir à la table communautaire : « Ce dossier intercommunal a toujours fait l’unanimité, déclarait-il, en saluant le travail de Michel De Souza, Patrick Perréard et Régis Petit. L’effort, l’acharnement, ont fini par payer. D’autres embûches nous attendent, mais un grand pas en avant a été franchi. Le Département a pu peser sur ce dossier grâce à l’implication très importante du président Mazuir, homme libre et sage » Guy Larmanjat pense que les retombées d’un tel projet seront bénéfiques pour le tourisme de l’Ain, « même s’il reste encore beaucoup de travail à finaliser.  » Et maintenant, que va-t-il se passer ? Selon Bernard Marandet, adjoint à l’urbanisme et très au fait de ces sujets, il va falloir aux porteurs du projet déposer le permis de construire et lancer les consultations avant que le chantier ne soit mis en oeuvre. Soit environ deux ans et demi à trois ans avant que le Village des Alpes n’ouvre enfin ses portes...

GILLES MOINE

Source : http://www.latribunerepublicaine.fr, 03.06.2010

 

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