Village de marques : "Pas le potentiel"

"Quelle est la réaction des commerçants du centre-ville à l’annonce d’un nouveau projet de village de marques (« NR » d’hier) ? Réponse de Fabien Denis, qui avait piloté le collectif opposé au précédent projet. « Nous sommes évidemment inquiets, même si nous avions appris qu’un nouveau projet était en train de se monter. Jeanny Lorgeoux revient à la charge avec un dossier qui semble avancé. Je pense qu’il aura son "centre de marques", mais il doit bien réfléchir aux conséquences, ne pas monter tout cela les yeux fermés, sur fond d’élections législatives. La politique, nous, ça ne nous intéresse pas. »

Jeanny Lorgeoux évoque un village de luxe sur le modèle de « La Vallée », qui jouxte le centre commercial Val-d’Europe, à Marne-la-Vallée. Le connaissez-vous ? « Oui, j’y suis allé plusieurs fois. C’est très mignon : une petite ville avec des boutiques dans les maisons. Mais ce village est accolé à un très gros centre commercial, en périphérie parisienne. Cela n’a rien à voir avec une implantation loin de toute grande ville, en pleine Sologne. Je crois que Romorantin n’a pas le potentiel pour accueillir ce type de projet. »

Le maire l’assure : si cela ne se fait pas à Romo, ce village s’implantera ailleurs en région Centre « Nous ne sommes pas stupides. Si cela doit se faire, mieux vaut que ce soit à Romo plutôt qu’à Vierzon, Orléans, Bourges— Mais si cela ne pouvait "ne pas se faire tout court ", ce serait encore mieux. Nous n’avons pas besoin de cela. C’est déjà suffisamment difficile, très difficile. »

Que pensez-vous de son idée de créer un nouveau quartier, sur le site Matra Romo-1 ? « Je n’ai pas d’informations sur ce dossier. Je ne sais pas ce que le maire y envisage. Mais il vaudrait mieux réaménager le centre-ville, avant de penser à en créer un neuf à côté. »

Le village de marques projeté proposerait uniquement des grandes marques. Il ne serait donc pas en concurrence directe avec les commerçants locaux. Vous y croyez ? « Pas une seconde ! C’est l’argument des promoteurs. On sait bien qu’ils sont obligés d’ouvrir leurs portes à d’autres marques, plus bas de gamme. Sinon, ils ont bien du mal à " remplir " leurs centres. Par ailleurs, les clients trouvent déjà du Ralph-Lauren et d’autres grandes marques à Romorantin. »

Et si vous preniez le problème à contre-pied : vous vous implantez dans ce centre de marques ? « Si nous faisons tous cela, on signe l’arrêt de mort du centre-ville. Par ailleurs, je ne pense pas qu’Unibail, le promoteur, soit intéressé par des magasins comme les nôtres dans son village. Maintenant— si on nous le propose, on y réfléchira. Nous ne sommes, bien évidemment, pas suicidaires. »

Quelle mobilisation envisagez-vous contre le projet ? « Je ne sais pas encore. Nous devons savoir plus précisément de quoi il retourne. Il ne faut pas se voiler la face : nous sommes quasiment impuissants. Ce n’est pas trente à quarante commerçants mobilisés, avec d’autres dans la région, qui vont gêner les promoteurs et politiques pour faire avancer un dossier comme cela. Nous pouvons, au mieux, le reporter d’un peu. Il faudra en tout cas que le maire fasse de la concertation maximale : que nous soyons au courant de ce qui va arriver. »

Source : La Nouvelle République du Centre Ouest, 10 octobre 2006, Edition LOIR ET CHER

 

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