"Tournus, Bellegarde et les autres. La guerre des projets de centres de marques est bel et bien déclarée"

"Avec un nombre grandissant de projets fleurissant un peu partout, Bellegarde et Tournus ne sont plus les seuls dossiers à se faire face. Hier, Bellegarde a voulu marquer la distance.

Une conférence de presse. Juste une conférence de presse. Alors que la précédente date du 28 février. Qu’est-ce qui a bien pu pousser les promoteurs du projet de centre de marques de Bellegarde-sur-Valserine (Ain) à redire hier les mêmes choses, ou peu s’en faut, qu’il y a six semaines ? La peur peut-être. Pas celle qui paralyse car, sur ce point, la détermination de la communauté de communes du Bassin bellegardien et de l’investisseur britannique Bergerac Estated Limited ne faiblit pas d’un pouce, comme les élus et techniciens du dossier de « Village des Alpes » en ont donné hier l’illustration. Non, mais la peur par où s’insinue le doute. C’est qu’il apparaît désormais que le projet, visant aux dires du maire de Bellegarde, Régis Petit, « à prendre, par un réflexe vital, un virage économique destiné à ne pas rester une région déshéritée », risque fort de se heurter à deux écueils. Le premier est interne à l’Ain. Les oppositions au « Village des Alpes » commencent en effet à se structurer : le président de la Chambre de Métiers de l’Ain a fait publiquement part de son désaccord ; or il est appelé à voter lors de l’examen du dossier par la commission départementale d’équipement commercial (C.D.E.C.). Du côté d’Oyonnax, dont le premier magistrat votera lui aussi en C.D.E.C., les critiques enflent également. A tel point qu’à la fin du mois dernier, les élus du Bassin bellegardien sont allés rencontrer leurs collègues d’Oyonnax pour tenter de les rassurer. Les commerçants du département commencent eux aussi à donner de la voix et même si ceux de Bellegarde sont favorables au projet dans leur quasi-unanimité, il est aujourd’hui question de la mise en place d’une coordination départementale des commerçants opposés au projet. Face à ces réactions que le dossier saône-et-loirien de Tournus connaît bien pour les avoir déjà expérimentées, les élus bellegardiens ont entamé une politique coordonnée de lobbying, genre auquel la conférence de presse d’hier appartenait incontestablement, en même temps qu’elle passe par la réalisation d’études d’impact tendant à démontrer que le projet du Village des Alpes, avec ses 500.000 heures de travail pour faire sortir le centre de terre, ses 600 emplois équivalents temps-plein, ses 300 emplois à mi-temps et ses 3 millions de visiteurs par an, servirait l’économie de la région tout entière. « L’idée selon laquelle un emploi créé en détruirait quatre en dehors du centre est sans fondement », s’est employé à expliquer Michel De Souza, président de la communauté de communes qui porte le projet, ajoutant : « ces chiffres concernent les centres commerciaux où s’implante un pôle alimentaire, ce qui n’est pas le cas dans notre projet. » Mais le deuxième écueil tient directement au développement de projets du même type dans tout le secteur : outre Tournus, des dossiers de centres de marques seraient ainsi en train de fleurir à Chambéry, à Annemasse et à Genève. « Notre dossier est férocement concurrentiel, a concédé le maire de Bellegarde. Or il n’y aura pas de place pour tout le monde, c’est impensable. Nous voulons donc aller vite. » Au passage, les Bellegardiens lâchent que G.V.A., le promoteur du projet de Tournus, s’emploierait désormais à échafauder un autre projet de centre de marques à Annemasse. Contactée hier soir, Chantal Lutz, porte-parole de G.V.A., a fait des bonds : « je démens totalement ! C’est absolument faux ! Et d’ailleurs ce serait se tirer une balle dans le pied. » Quoi qu’il en soit, l’énorme dossier du Village des Alpes (sans doute l’un des plus lourds en la matière pour toute l’Europe) devrait être déposé sur le bureau de la C.D.E.C. de l’Ain dans le courant du mois de mai. Son examen est prévu au premier trimestre 2007. Or, à 75 minutes d’autoroute de Bellegarde, alors que le dépôt du dossier de Tournus auprès de la C.D.E.C. de Saône-et-Loire serait lui aussi imminent, on ne peut évidemment pas se sentir étranger à la guerre déclarée des centres de marques." Gilles Platret

Source : Le Journal de Saône et Loire Gilles Platret http://archives.lejsl.com/cgi/jsl_handle ?artid=/setl/20060414.JSA0302.html

 

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