Romorantin. Hier s’est achevée la période réglementaire pour le dépôt de recours contre la décision de la CDEC autorisant le projet. Deux procédures sont engagées par des commerçants.
Après la bataille médiatique, voici l’heure de la bataille juridique. Les deux mois dont disposaient les opposants au projet, pour déposer un recours contre la décision de la CDEC (commission départementale d’équipement commercial) autorisant le Carré des marques à Romorantin, se sont achevés hier. Deux procédures ont été effectivement engagées : l’une par un collectif de huit associations et fédérations commerciales du Loir-et-Cher, de l’Indre, du Cher, de l’Indre-et-Loire et du Loiret ; l’autre par les frères Adaissi, de Blois, deux négociants spécialisés dans le textile qui avaient tenté, en vain, de créer un centre de marques à Mer. Ce sera donc désormais aux magistrats du tribunal administratif d’Orléans de trouver la faille éventuelle qui leur permettrait de déclarer nulle l’autorisation de la CDEC. Quelle que soit leur décision, on peut déjà pronostiquer qu’elle sera frappée d’appel : les deux parties sont en effet bien décidées à aller jusqu’au bout. Unibail, promoteur du Carré des marques, assure qu’il a tout son temps. Le maire de Romorantin pronostique un démarrage des travaux à l’automne 2010, pour une ouverture mi-2012. Les opposants ont l’intention d’argumenter sur le fonds du dossier, c’est-à-dire de démontrer que le village de marques causerait plus de dégâts que de bienfaits au territoire. « L’impact annoncé sur l’emploi est très fantaisiste », estime par exemple Azzedine Adaissi. « A mon sens, ce sera plutôt une centaine que les deux cents annoncés. » Philippe Gauthier, pour le collectif des commerçants, juge le projet « monstrueux » et positionné sur un créneau directement concurrentiel avec la plupart des magasins indépendants.
Manoeuvre dilatoire Unibail insiste, pour sa part, sur la zone de chalandise élargie que vise le projet et sur les retombées locales que générera un équipement attractif... sans parler des 50 millions d’euros d’investissement. Ce langage trouve un écho certain à Romorantin, y compris chez les commerçants du centre-ville qui ne se sont pas associés au recours. Ce qui fait dire à Jeanny Lorgeoux que l’on se trouve en présence d’une « manoeuvre dilatoire » visant à sauvegarder quelques intérêts particuliers contre l’intérêt général.
Jean-Louis Boissonneau
La Nouvelle République, 03.08.2008.