Romorantin : Une bataille juridique qui ne laisse pas indifférent

Paulette Picard, présidente de la chambre régionale de commerce et d’industrie. – « Je savais qu’un recours était envisagé. C’est dans la logique de notre mobilisation, de notre vision de l’aménagement du territoire. Depuis le début, nous voulons avertir des conséquences négatives sur les commerces en centre-ville. Nous avions réalisé une étude d’impact et nous avons le devoir d’avertir les collectivités des risques encourus. Il n’est pas choquant que les commerçants et leurs personnels essaient de se défendre face à ce projet. Ce n’est pas du “ protectionnisme ”. Leur situation est difficile. On parle beaucoup de pouvoir d’achat en ce moment. »

Marc Gricourt, maire de Blois. – « Sur le projet, il y a une démarche très volontaire de Jeanny Lorgeoux, qui est dans sa mission de maire de Romorantin. Après, je pense qu’il faut respecter le vote de la CDEC, d’autant qu’il y a l’approbation des associations de consommateurs. Quant aux commerçants, j’entends leurs inquiétudes. J’avais eu l’étude concernant les commerces blésois, qui détaillait, pour l’habillement et les arts de la table, une possibilité d’atteinte de 5 % du CA. Je suis plus sceptique, par contre, sur les études qui n’ont pas intégré les nouveaux modes de consommation, comme l’impact des ventes par internet par exemple. » « Toutefois, à partir du moment où la législation française autorise ce genre de village… Peut-être aurait-il été souhaitable que les députés saisissent le Parlement sur ce sujet. Car, à partir du moment où c’est autorisé sur le territoire, si ça ne s’était pas fait à Romo, ça aurait été ailleurs. Autant que ce soit sur le département. Sur le fond, je considère que ce genre de lieu de consommation ne va pas dans le sens du développement durable, puisque les gens prendront leurs véhicules. Mais il ne faut pas faire d’excès de pessimisme. Les commerçants doivent adapter l’offre à la demande de la clientèle. Là, il s’agit de produits plutôt de luxe, comme à Troyes, qui n’ont pas été vendus l’année précédente, je ne suis pas convaincu que l’impact négatif soit plus fort que les autorisations d’extension des galeries marchandes. »

Fabien Denis, commerçant. – « On espère que ces recours retarderont le plus possible de projet, précise Fabien Denis, gérant d’un magasin de prêt-à-porter à Romorantin et membre du collectif de commerçants opposés au Carré. D’abord, parce que ce retard peut finir par décourager les investisseurs. Ensuite parce qu’il nous laissera le temps de réorganiser nos magasins. Michel Sandré, le président de l’association des commerçants, vient de nous dire qu’il faut profiter du temps qu’il nous reste pour réagir. C’est donc que cela va nous faire du mal… On peut également faire capoter le projet, car des failles sur lesquelles appuyer le recours, il y en a pas mal. »

Pascal Goubert, caviste. – « Ce recours était prévu, explique le caviste romorantinais qui avait lancé, avec quelques autres, la pétition en faveur du Carré. Cela paraît normal que chacun défende son beefsteak. C’est toujours le problème de l’autoroute dont personne ne veut dans son jardin. Le seul point positif est peut-être que le retard, entraîné par ce recours, laissera plus de temps pour gérer l’arrivée du Village. En espérant qu’il n’y ait qu’un seul recours et pas deux. »

Michel Sandré, président de l’association romorantinaise des commerçants. – « Cela va reculer le projet d’au moins six mois. On peut penser que cela va laisser du temps aux commerçants pour s’organiser… Moi, j’ai peur que cela ne les freine à prendre les devants. J’ai déjà beaucoup de mal à recruter de nouveaux adhérents. J’en suis à 60 pour 150 à 200 professionnels sur le centre-ville. »

La Nouvelle république , 09 avril 2008.

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