"Pas de recours contre le village de marques : le débat"

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L’ordre du jour de l’assemblée générale de Vivre Millau promettait un débat sur le village de marques de La Cavalerie. Ce débat a bien eu lieu. Il a conduit à un vote qui laisse le champ libre à l’aménagement de ce village.

Vivre Millau a décidé de ne pas faire de recours contre l’avis favorable délivré par la CDEC pour la création du village de marques de La Cavalerie. Cette décision a été prise lundi soir après un vote des adhérents à la fin de l’assemblée générale de l’association. L’opposition au projet, assortie d’une procédure de recours, a obtenu 16 voix arrivant derrière l’option « Oui au village de marques » qui récolte 18 voix. L’option « Non, sans recours » a obtenu 5 voix. Il n’y a eu qu’un seul bulletin nul sur les quarante votants. Une telle décision, sortie d’un processus démocratique, vient clore un vrai débat entre les commerçants et les principaux acteurs du projet : le promoteur, deux des membres de la commission de la CDEC qui avaient voté oui (Jean-Claude Druilhet, président de la Chambre de Métiers et le maire de Millau Jacques Godfrain), Jérôme Rouve, président de la CCI et Jean-Luc Gayraud.

Le projet attaquable ? Avant que ne débutent les débats, Eric Mouysset, mandaté par Vivre Millau pour étudier le dossier « Recours » a estimé qu’il y avait matière à déposer celui-ci. Selon l’avocat, la CDEC est attaquable sur la zone de chalandise décrite qui englobe un rayon de 80 minutes autour du village et qui est jugée peu réaliste et surévaluée : « Une étude sur une zone à 60 ou 70 minutes, ça chan-ge tout. » Eric Mouysset note qu’il n’y a pas dans le dossier de bilan social au niveau de l’emploi, ni de bilan sur les conséquences sur le commerce local. Enfin ; il estime : « On n’est pas dans le cadre juridique de magasins d’usine, mais de commerçants indépendants réunis dans un simple centre commercial. Cela ne correspond pas à la formulation du projet. »

Des craintes multiples Raphaël Dorveaux, Joël Atger, Miguel Garcia, André Guilhem-Tuffery, Alain Alric, membres du bureau, ont ensuite exposé les raisons qui les conduisent à s’opposer à cette création. Un ensemble d’arguments que l’on peut résumer ainsi :
- crainte que les marques se situent à un niveau moyen-bas de gamme et soient ainsi peu attractives pour drainer la zone de chalandise espérée ;
- crainte que les produits en vente ne soient pas du surstock de l’année précédente mais des produits de collection de l’année en cours ou de fin de collections, ce qui n’est pas la même chose ;
- crainte que, par conséquence directe, les marques concurrencent frontalement l’offre du centre-ville sur ces gammes-là avec une concurrence « jugée déloyale » avec l’application de rabais de l’ordre de 30 à 40%. Ce qui ferait disparaître immédiatement un grand nombre de petits commerces aujourd’hui déjà fragilisés. Enfin il est fait remarqué que l’offre en matière d’équipement de la personne est pléthorique avec 120 m2 par personne à Millau contre 30 m2 de moyenne au niveau national. Raphaël Dorveaux exprime son scepticisme : « Il faudra encore y ajouter l’offre de ce centre, celle du centre commercial Capelle-Guibert et de celui de Creissels sur la zone de Raujolles ».

Quel niveau de gamme ? Ainsi interpellé, Michel Troupelle, le promoteur présent à cette AG, n’a pas hésité à descendre dans l’arène pour répondre aux questions des commerçants, montrant un courage que toute le monde lui a accordé. Il a répondu tout de suite à Eric Mouysset sur le statut des commerces qui vont s’installer. « L’exploitant, c’est la marque. J’ai refusé des commerçants millavois qui me sollicitent. » Sur le niveau des marques appelées à se vendre à La Cavalerie, il a affirmé qu’il s’agissait de moyen-haut de gamme. « Je ne peux rien révéler tant que rien n’est signé, mais d’ici juin je serai en mesure de choisir les meilleures parmi une liste de 50 marques », a-t-il ajou-té. Pour appuyer son propos et se montrer plus convaincant, il lance : « je sais bien qu’il faut du moyen-haut de gamme pour réussir. Je ne vais quand même pas investir mon argent pour échouer, même si rien ne garantit la réussite. »

Capter le flux autoroutierSur la question de la zone de chalandise, le promoteur explique qu’il veut capter les usagers de l’autoroute. « Rien que cet été, il est passé plus d’un million de personnes en juillet et en août. Je veux toucher les Anglais, les Hollandais, les Belges, les Français qui viennent de loin. Quand on sait qu’au Caylar, 9% du trafic de l’A75 quitte l’autoroute, je veux être un aspirateur de l’autoroute et faire venir du monde pour tout le monde. » Puis interpellant à son tour par les commerçants, il lance : « Si vous ne faites rien, personne ne descendra à Millau, avec ou sans village de marques. C’est à vous d’être bons. » Sur les « dégâts collatéraux » à attendre, Michel Troupel fait remarquer : « Partout en France, avec ou sans village de marques, les petites boutiques de 30 m2 ferment. Il faut sans cesse s’adapter. Le commerce, c’est la concurrence et n’oubliez pas celle d’Internet qui va s’ampli-fier. » Enfin, il conclut sur un constat : « Il y a une évasion commerciale énorme de l’ordre de 36% sur ce créneau. Il y a des produits qu’on ne trouve pas ici. Même les commerçants locaux vont acheter à Montpellier. » Après le promoteur, les élus favorables au projet ont répondu et donné leur vision du développement du territoire. Jérôme Rouve très chahuté sur ce dossier a assumé sa position : « Le rôle d’un élu, c’est de prendre ses responsabilités pour l’avenir. Gérard Deruy nous a fait peur avec l’ouverture d’Euromarché. Peut-on aujour-d’hui imaginer Millau sans grande distribution ? »

Accompagner le projet Le président de la CCI cite d’autres exemples de projets décriés et qui sont aujour-d’hui des réussites et con-jure : « Regardons vers 2010- 2020. Soit on continue à se disputer et on sait bien le faire à Millau. Ou alors on essaye de travailler tous ensemble avec une vision moins étroite du territoire. La Cavalerie, c’est à un jet de pierre de Millau. » Une vision partagée par Jacques Godfrain qui a voté positivement à la CDEC. Le maire de Millau juge ce débat « hors sujet ». Il constate : « J’ai été décrié pour le choix de la solution haute du viaduc, j’ai été décrié pour la barrière de péage qui pourtant amène emplois et taxe professionnelle. J’assume. L’élu ne doit pas toujours aller dans le sens de ses électeurs. Vu de l’extérieur, ce qui doit se faire à La Cavalerie et sur Capelle-Guibert suscite l’admiration et donne une ima-ge dynamique. Ce sont des signes, des symboles véhiculés d’une région qui bouge ». Pour le député, le vrai sujet c’est la création de pôles d’attraction et de richesses qui comptent et l’exploitation qui en est faite derrière : « Ce qui m’intéresse, c’est que La Cavalerie soit un poste d’aiguillage pour aller dans la vallée. Je voudrais qu’on mette notre énergie pour faire descendre les gens. » Après cette assemblée générale, il semble que la voie soit libre pour le promoteur qui endosse une grande responsabilité. A moins que des recours individuels ne viennnet contrarier ses projets...

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Source : www.som-millau.com, Roland Graciannette, 8 mars 2007

 

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