Économie. Poussée par les commerçants, elle va saisir le préfet au motif que les accords de 2006 n’ont pas été respectés.
Promis en grandes pompes par Georges Frêche le 23 septembre prochain, le lancement du centre commercial Odysseum va t-il faire pschitt ? La question mérite aujourd’hui d’être posée. La faute à une levée de boucliers contre la zone ludico-commerciale et son possible futur village de marques. L’opposition des petits commerçants - notamment du centre-ville de Montpellier - aux grands projets commerciaux de Georges Frêche n’est pas nouvelle. Ne serait-ce que pour le Village de marques, voilà plusieurs mois que les premières annonces ont fait hérisser des poils du côté de l’Écusson. Mais hier, pour la première fois, c’est une véritable fronde commerçante anti-Odysseum qui s’est constituée avec l’appui de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Montpellier. « C’est une question de survie », assurent les premiers intéressés remontés comme des pendules. Au point que leur coalition assure qu’elle va tout mettre en œuvre pour faire capoter le dossier de l’Agglo. « Si l’assemblée générale de la CCI le décide le 25 juin, nous allons demander au préfet de faire différer l’ouverture d’Odysseum », annonce Jean-Pierre Fabre. Le président de la CCI qui, pour crédibiliser ses menaces, assure qu’il va même poser sa requête à la préfecture dès aujourd’hui.
J-P. Fabre : « Le deal n’a pas été respecté »
Lui et les commerçants, reprochent à l’Agglo et la mairie de Montpellier de ne pas respecter les accords passés en 2006 avec la Socri, les Galeries Lafayette, la Faduc et la copropriété du Polygone pour l’implantation d’Odysseum 1. Notamment les trois principales clauses suspensives. D’abord, le maintien de l’activité économique en centre-ville pendant cinq ans. Ensuite, une réflexion politique sur l’accessibilité du centre (parkings, signalisation, bornes interactives…). Enfin, le fait qu’Odysseum 2 ne pourrait pas faire de nouvelle implantation dans les cinq ans après la première ouverture. « Aucune des conditions du deal n’ayant été respectée, nous nous opposons à l’ouverture d’Odysseum ainsi qu’au projet de Marques Avenue », tranche J-P. Fabre aussi catégorique que pressant. « Les élus doivent comprendre qu’on est dans une impasse et qu’il faut réagir avant l’irréversible ».
J-P. Touchat : « On ne se fera pas avoir deux fois »
Si des négociations se tiennent en ce moment avec la mairie - notamment sur les parkings - les contacts semblent plus froids avec l’Agglo. « Ils nous ont dit : si vous êtes sages, on vous fera un beau centre-ville », rapporte Michel Badie-Cassagnet, le directeur immobilier de la Socri qui doute de la volonté politique des collectivités. Pas le genre de réponse de nature à calmer la colère des commerçants. « L’idée d’un nouveau protocole d’accord, c’est vraiment nous prendre pour des billes. On ne se fera pas avoir deux fois », s’emporte Jean-Pierre Touchat. Le président du Syndicat des halles et marchés de l’Hérault condamne aussi l’idée d’un village de marques, concept « dépassé par Internet » selon Jean-René Privat, président des commerçants de la place J. Jaurès et de la rue de la loge. « C’est une pure connerie. Comment imaginer le créer alors qu’on ne connaît pas les retombées d’Odysseum ? », demande J-P. Touchat. Un argument qui revient dans la bouche de la Chambre qui dit défendre le commerce de proximité. « C’est trop tôt. Il faudra au moins trois ans pour connaître les retombées d’Odysseum », prévient le président de la CCI qui attend d’ici la fin du mois les résultats de la contre-enquête lancée à ce sujet. Patrick Hanot ne se fait pas d’illusions. « Toutes les études montrent que pour un emploi créé, trois sont détruits », explique le représentant des commerçants de l’avenue de la mer, désespérément alarmiste. « Odysseum va faire souffrir tout le monde. Le village de marques va tuer tout le monde ».
REMY COUGNENC
Source : www.lamarseillaise.fr, 05.06.2009