Nicolas Chambon dirige la Socri, la société propriétaire du centre commercial
Vous sortez de votre discrétion concernant le village des marques. Ce qui me fait sortir de mes gonds, c’est d’entendre Marc Dufour, adjoint au maire de Montpellier en charge du commerce, laisser entendre, au sortir d’une réunion, qu’il y aurait consensus autour du projet de village des marques. Ce n’est pas notre sentiment. C’est bien clair : nous n’accepterons jamais un tel projet à proximité du centre-ville de Montpellier. Il ne s’agit pas, aujourd’hui, de se mettre autour d’une table pour discuter des conditions d’arrivée d’un village des marques, mais de la relance du protocole, qui apporte les contreparties pour le commerce de centre-ville face au développement d’Odysseum. On ne veut pas d’une réunion pour habiller une décision déjà prise.
Pourquoi cette opposition ? Ce projet est une véritable aberration économique. C’est le plus mauvais qu’on pouvait imaginer pour le commerce à Montpellier. C’est catastrophique en termes d’emplois pour le centre-ville, toutes les études faites ailleurs le montrent. Un emploi créé en village des marques ce sont deux à trois emplois détruits en centre-ville. Ce sont 30 % à 50 % des magasins de centre-ville qui ferment.
Il y a pourtant un impact touristique. C’est faux. Les études montrent, là encore, que les touristes passent moins d’une journée sur un village des marques. Pour le consommateur, c’est une arnaque. Les rabais sont faits à partir d’un prix de référence que personne ne peut vérifier.
Mais un tel projet relève aussi d’un choix politique. Certes, sauf que nos arguments économiques n’ont pas été entendus. Je m’interroge aussi : pourquoi l’Agglo pousse aussi fortement un tel projet en période de crise économique ? Pourquoi n’y-a-t-il eu aucune mise en concurrence avec d’autres opérateurs que la Caisse des dépôts et consignations, qui contrôle déjà Odysseum ? Pourquoi retrouve-t-on, systématiquement, la Caisse des dépôts dans tous les projets de l’Agglo ? Pourquoi tout cela s’est-il fait en catimini, sans concertation en amont, sans même en informer le maire de Montpellier ?
Mais un président d’Agglo a le droit d’imaginer un développement économique. Il a aussi le devoir de consulter, d’écouter les acteurs économiques et de mettre en concurrence. Aujourd’hui, le monde économique a besoin de transparence et de règles du jeu claires. Un certain nombre de méthodes ont vécu.
Jusqu’où irez-vous ? Nous sommes solidaires de la position des commerçants du centre-ville. Nous utiliserons tous les outils économiques, juridiques et politiques pour nous opposer et attaquer le village des marques... Nous avons bien bloqué le projet Odysseum 1 pendant 10 ans....
Recueilli par Karim MAOUDJ
Source : www.midilibre.com, 05.06.2009