Mode : "prix abordables et réactivité"

Entretien avec Jean-Pierre Mocho, président de la Fédération française du prêt-à-porter.

Le Salon Prêt-à-porter Paris, dont vous êtes le président, a fait la part belle à la "fast fashion". De quoi s’agit-il ?

Aujourd’hui, la mode se consomme de façon différente et souvent effrénée. Hors saison, hors raison, les Français, et les Françaises en particulier, ont envie de produits qui collent à leurs humeurs ou à leur état d’esprit. Ils sont très nombreux à rendre des visites régulières à leurs boutiques favorites, parce que le shopping est un plaisir en soi, presque un hobby. Comme les armoires sont déjà bien remplies, les nouvelles acquisitions relèvent surtout du coup de coeur. 83 % des Françaises et 94 % de celles qui ont de 18 à 24 ans, selon une étude de l’Institut français de la mode (IFM), cèdent à des achats d’impulsion... C’est pour répondre à cette envie que nous avons sélectionné de nouvelles marques "fast fashion", tels Pinko, Venezia, Yumi ou Sinequanone.

Créé il y a cinq ans par un Marseillais de 34 ans, Michaël Azoulay, American Vintage est, avec Sinequanone, l’une des deux marques françaises de mode jugées très réactives. En quelques saisons, American Vintage s’est vu plébiscité grâce à ses vêtements dans l’air du temps, vendus au prix moyen de 45 euros. "Je privilégie les T-shirts ou les robes en coton très fin que l’on pourra superposer ou porter avec un débardeur par-dessus", raconte Michaël Azoulay. L’hiver, on complète par quelques pièces en laine, alpaga ou cachemire, et l’été, par du lin. Résultat : "Chaque femme, de la plus pointue en mode à la plus classique, de 25 à 65 ans, peut s’amuser à réinventer sa garde-robe", précise M. Azoulay. Pour servir rapidement les multimarques et les grands magasins où elle est présente en France, cette petite entreprise prend le risque de produire avant même les commandes et de stocker dans la cité phocéenne.

Allez-vous promouvoir des vêtements mouchoirs, comme aux Etats-Unis ?

Au contraire. La vraie "fast fashion" - je préfère le terme de "pronto moda", cher aux Italiens, très forts dans ce domaine - c’est de la qualité à un prix abordable et une grande réactivité. L’idée est la suivante : les chaînes d’habillement tel l’espagnol Zara ont donné le ton et l’envie d’articles fantaisie, renouvelés tous les quinze jours. Les griffes de luxe ont, elles aussi, multiplié les collections, avec leurs lignes "Croisière" ainsi que les "collections capsules". On est passé de deux collections par an à 4,7 en moyenne et ce n’est qu’un début. Ce chiffre devrait passer à 6,8 par an en 2011, selon les projections de l’IFM. Le problème, c’est que les magasins dits multimarques doivent pouvoir eux aussi réagir rapidement à la demande. Pourquoi les consommatrices en province seraient-elles freinées dans leurs appétits de renouveau ? Nous avons déniché des entreprises italiennes, mais aussi turques, espagnoles... capables de livrer, dans un délai de 30, 60 et 90 jours, des articles "fashion" moyen et haut de gamme, pour donner aux Françaises envie de franchir, plus souvent, le seuil des boutiques.

Avec ces nouveaux entrants, n’allez-vous pas tuer les petites marques françaises qui se sont lancées sur ce créneau ?

Des marques telles Sandro ou Maje, nées dans le Sentier il y a quelques années, se sont développées sur le modèle de Zadig et Voltaire, en ouvrant leurs propres boutiques. Désormais, le quartier du Sentier, où nos acheteurs allaient chercher un réassort permanent, s’est essoufflé. Il faut retrouver cette énergie. En réunissant la force de frappe des Italiens, et d’autres marques venues d’Europe, on peut redynamiser les multimarques, dont on sait, selon une étude du cabinet Martine Leherpeur, qu’elles ne disparaîtront jamais. Au contraire : les consommateurs sont lassés de l’uniformisation des vêtements telle qu’elle est pratiquée par les grandes chaînes d’habillement.

Parce que les rythmes de la mode s’accélèrent, vous prônez aussi des soldes permanents ?

Dès 2009, nous allons avancer le Salon du prêt-à-porter de septembre à juillet, pour mieux coller à ces nouveaux tempos de la mode. Ainsi nos visiteurs pourront passer commande sur les stands et être livrés avant la fin de l’été. Les soldes aussi doivent être étendus à toute l’année, ce qu’Internet a déjà contribué à faire avec ses offres de "bonnes affaires" permanentes. En 2009, les périodes de soldes vont pouvoir doubler et passer de 2 à 4 fois par an.

Propos recueillis par Véronique Lorelle

Source : http://www.lemonde.fr du 08/09/2008

 


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