Commerce. Le débat autour de l’arrivée de l’enseigne de magasins d’usine est relancé avec le dépôt d’un dossier au mois de juillet par le promoteur Alain Salzman. L’arrivée de ce projet est l’objet de nombreuses interrogations notamment de la part des commerçants.
Des magasins d’usine bientôt aux portes de Beaune ? Voici la question qui anime à nouveau les discussions depuis quelques semaines, avec le dépôt du dossier d’implantation d’un ensemble commercial par Alain Salzman. L’arrivée possible de Marques avenue à Beaune avait été évoquée en début d’année lorsque le promoteur avait déposé un dossier avant de le retirer. Les réactions d’opposition au projet notamment de la part des commerçants et de certains élus n’ont pas tardé à intervenir. « Ce projet, avant même d’être effectif, fait déjà beaucoup parler », explique Daniel Exartier, de la CGPME Côte-d’Or, organisatrice d’une réunion à Beaune avec ses adhérents et des élus et qui avait pour objectif de faire le point sur le sujet. Le projet Marques avenue, qui représente un investissement global d’une cinquantaine de millions d’euros pour son promoteur, cristallise autour de lui deux questions principales : l’effet que cette implantation va avoir sur l’activité des autres commerces beaunois mais aussi l’utilité d’une telle opération. Pour Alain Suguenot, député-maire de Beaune, la question ne semble pas se poser puisqu’il n’est pas favorable à l’implantation de magasins d’usine à proximité de sa commune. « Je préférerais voir s’implanter sur ce terrain un projet tel que celui de Planète tigres plutôt que des magasins d’usine ». À l’occasion de cette réunion organisée par la CGPME Côte-d’Or, les commerçants beaunois ont fait part de leurs inquiétudes par rapport à l’arrivée du projet d’Alain Salzman. Ils reprochent surtout à celui-ci un manque de communication de sa part ; critique qu’ils formulent également, dans une moindre mesure, à l’égard des élus locaux. La CGPME de son côté se veut pragmatique et a souhaité surtout pouvoir faire la balance entre le coût d’un tel projet et ce qu’il va rapporter… et ce qu’il risque de coûter à ses adhérents commerçants. « Nous aurions bien aimé rencontrer M.Salzman mais aussi pouvoir échanger réellement avec Alain Suguenot », précise-t-on du côté de l’UCB (union commerciale de Beaune).
De son côté, Alain Salzman pointe du doigt « le manque de volonté d’établir le dialogue de la part du maire de Beaune qui,lorsque [j’ai] retiré mon premier projet,avait évoqué la nécessité d’une concertation pour le suivant ». Ce manque d’échanges entre les différentes parties paraît être l’un des principaux points d’achoppement et se renforce avec la crainte de perte de revenus liés à l’activité de Marques avenue qui, depuis 15 ans, installe des magasins d’usine dans différentes régions, comme par exemple à Troyes. UN DOSSIER PAS ENCORE FINALISÉ
Les commerçants beaunois, de leur côté, s’inquiètent de possibles disparitions de magasins en centre-ville, ce qui entraînerait des pertes d’emplois. Ils expliquent également que les 260 emplois liés au fonctionnement de Marques avenue ne reviendront pas forcément à des personnes de la région. Le dépôt du nouveau dossier par Alain Salzman remonte à juillet, mais, à l’heure actuelle, le promoteur doit encore fournir des pièces justificatives avant que la commission départementale d’aménagement commercial (CDAC) et ses 26 membres ne puissent étudier le projet. « Nous avons demandé aux Autoroutes Paris-Rhin-Rhône (APRR),qui ont en charge la barrière autoroutière de Beaune Sud, une étude de fréquentation et une expertise quant à la possibilité de gérer le flux des véhicules en cas d’implantation de Marques avenue », explique le promoteur. Il ajoute qu’une fois le rapport de la société d’autoroute revenu, toutes les pièces nécessaires auront été fournies à la commission où siègent notamment le député-maire de Beaune mais aussi des élus des départements se situant dans la zone de chalandise du potentiel ensemble commercial qui devrait rayonner sur 10 départements et près de 2,5 millions de personnes. La composition de la CDAC a d’ailleurs interloqué les commerçants de Beaune à l’occasion de la réunion de la CGPME dans la mesure où leur corps de métier n’est pas représenté stricto sensu. Par ailleurs, au sein de la communauté d’agglomération de Beaune, certains élus s’interrogent sur le rôle de la commission ad hoc qui, selon leurs propres termes, « n’a pas eu la possibilité de mener une étude contradictoire sur le projet ». La CDAC, qui dispose de deux mois pour étudier le dossier, va donc devoir rendre une décision quant à l’implantation des 89 magasins d’usine sur 14.000 mètres carrés. Les commerçants beaunois, mais aussi dijonnais, présents à la réunion de la CGPME ont évoqué la possibilité de mettre en place un collectif pour pouvoir « faire entendre leur point de vue » et déposer un recours si la décision de la CDAC était favorable à Marques avenue.
Pour sa part, Alain Salzman ne semble pas troublé outre mesure par le retard pris par le dossier. Le promoteur explique attendre avec intérêt la décision de la CDAC même si « [je] ne pense pas que les élus membres de la commission iront à l’encontre de la position d’Alain Suguenot,maire de la ville directement concernée par l’implantation de Marques avenue ». En cas de rejet de son projet, il envisage un possible recours auprès de la commission nationale, mais que « cela reste très hypothétique puisque [je] ne souhaite pas passer en force car au final cela ne serait profitable pour personne ». Le promoteur estime que, si le projet ne voit pas le jour, la principale raison, selon lui, se trouvera dans le manque de dialogue. Sur la question sur son absence de prise de contacts avec les commerçants beaunois, il explique qu’il ne « pouvait pas faire le tour de tous les magasins pour se présenter– ceux qui le souhaitaient pouvaient facilement me joindre ». La question de l’implantation de Marques avenue aux portes de Beaune reste pour le moment en suspens. L’opposition des commerçants beaunois mais aussi dijonnais ainsi que de certains élus semble condamner le dossier d’autant plus que les différentes parties soulignent un manque de communication réciproque.
Pierre Gaudiot
Source : Journal du Palais de Bourgogne - 28/09/2009