Mandroux ignore l’impact écologique du village de marques

Pas un mot sur la question des déplacements induits par un tel projet. Jusqu’à ce que Montpellier journal pose la question à son promoteur et au maire de Montpellier. Le seul paramètre étudié semble être le nombre d’emplois créés et détruits.

La ville de Montpellier va-t-elle dire oui au projet de village de marques d’Alain Salzman ? C’est la question que se pose les journalistes présents vendredi en mairie pour une conférence de presse. La réponse apportée par les intervenants se base, entre autre, sur deux études. L’une commandée par le promoteur et l’autre par la CCI. L’essentiel des débats - pour ne pas dire la totalité - tourne autour de la question des emplois. Plus de 300 créés sur le site du village de marques (près d’Odysseum) et entre 100 et 300 détruits en centre ville, selon les études.

Faut-il prendre le risque de ce nouveau projet alors que les conséquences de l’ouverture du nouveau centre Odysseum ne sont pas encore connues ? Non, répond Hélène Mandroux qui veut “donner du temps au temps” et qui demande la réalisation par l’agglomération d’un “schéma d’urbanisme commercial” et un “phasage dans le temps”. On se revoit dans 6-9 mois a donc dit le maire tout en précisant bien : “Aujourd’hui, dans le contexte de la crise économique que nous connaissons, je ne peux pas être contre un soutien du tissu économique par la création d’emplois.”

“Cette autoroute-là”

Du coup, Alain Salzman est-il prêt à aller ailleurs ? Par exemple à Lattes, Castries, Vendargues comme l’a envisagé Georges Frêche (Midi Libre, 2/04), soutien inconditionnel du projet en tant que président de l’agglo. Non. “Je ne ferai pas ce projet contre la ville de Montpellier, a déclaré l’homme d’affaires. Si la ville de Montpellier le souhaite - et selon la façon dont la ville le souhaitera - je le ferai.” Explication : “Ce terrain-là, greffé tel qu’il l’est sur cette autoroute-là permet d’attirer le consommateur venu de loin et c’est effectivement important pour nous.”

“Je fais partie de ceux, comme Ikea, qui encouragent les consommateurs à rouler” (Alain Salzman)

Car Marque avenue attend 2,5 millions de visiteurs par an et prévoit 1130 places de parking (1). D’où la question de Montpellier journal à Alain Salzman : “Vous parlez d’autoroutes, de zone de chalandise jusqu’à 1 heure et demi. En même temps, il y a des gens qui disent qu’il faut que les citoyens réduisent leurs déplacements. Vous, en tant que promoteur de ce genre de projet, est-ce que, parfois, vous réfléchissez et vous vous dites : « N”ai-je pas un impact négatif sur l’environnement et sur la planète ? »“ Réponse du chef d’entreprise : “Je pense que c’est une bonne question. Je pense que je fais partie de ceux, comme Ikea, qui encouragent les consommateurs à rouler. Je n’ai pas de réponse, voilà. [...] Dans le guide Michelin, il y a “vaut le déplacement” ou “mérite le détour”. Nous on travaille beaucoup sur “le détour”. Ça veut dire faire en sorte qu’un consommateur qui descend du Nord vers le Sud, qu’il fasse 15 ou 20 km pour tourner à gauche et s’arrêter dans un Marque avenue. Troyes et Roman fonctionnent beaucoup comme ça.” Pourquoi pas. Soulignons, tout de même, qu’avant que la question soit posée, les débats n’ont tourné qu’autour de clients situés à 1h30 maximum.

“On ne va pas revenir à la bougie, à la diligence” (Hélène Mandroux)

Puis Montpellier journal se tourne vers Hélène Mandroux : “Monsieur Salzman fait du business. Il s’arrange en fonction d’un certains nombre de critères. Mais vous, prenez-vous en compte l’empreinte écologique de ce genre d’implantation dans votre décision ? Parce que, dans votre discours, auparavant, vous ne l’avez pas du tout évoquée… Hélène Mandroux : C’est vrai qu’aujourd’hui, on limite profondément les déplacements avec les lignes de tramway et tout ça. Peut-être qu’il faudra envisager, selon l’implantation, de prolonger une ligne de tramway. [...] Une ville, aujourd’hui, c’est plusieurs pôles de centralité c’est-à-dire que vous devez avoir des centres commerciaux, des universités,… (2) [...] Entre ces différents pôles de centralité, vous pouvez avoir des lignes de tramway. Aujourd’hui, les ZAC [zone d’aménagement concerté] que nous sommes en train de faire, tiennent compte du développement durable et tout ça.
- Le tramway ne s’applique pas aux gens qui viennent de Nîmes, ou d’une heure et demi plus loin…
- Si demain, vous allez voir vos amis à Lyon, vous allez prendre votre voiture…
- Le train.
- … votre train, voilà. Écoutez, la voiture ne disparaîtra pas. Les autoroutes ne disparaîtront pas. Qu’on aille vers le ferroutage, vers toute la réflexion menée actuellement, les véhicules électriques sur une agglomération, tout ça oui mais les voitures ne disparaîtront pas du jour au lendemain. Il ne faut quand même pas… On ne va pas revenir à la bougie, à la diligence. Faire des économies oui : d’énergie, de l’eau, limiter les déplacements. Faciliter le développement durable avec les économies d’énergie, oui. Il faut y aller, ça c’est certain.”

Source : www.montpellier-journal.fr, 25.10.2009

1) Communiqué de presse de l’agglomération de Montpellier, 26/03

(2) Pas sûr qu’Hélène Mandroux ait bien compris ce que signifiait plusieurs pôle de centralité. Ce point a déjà été évoqué dans l’article Le centre commercial Odysseum est-il écolo ? Georges Fandos (Cap 21) a déclaré, concernant la spécialisation des quartiers : “Ça correspond à une vision de la ville qui date de la Charte d’Athènes [1933] et de Le Corbusier mais pas du tout à une vision moderne de l’urbanisme.”

 

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