Après le syndrome Ikea, le modèle « outlet » s’apprête-t-il à bouleverser le commerce traditionnel ? C’est la question qui agite en ce moment l’est varois avec l’offensive du groupe Freeport, en passe de réaliser un village de marques de 25000 m2 au Cannet-des-Maures. Ces ensembles commerciaux d’un genre nouveau ont été imaginés aux États-Unis avant de faire leur apparition en Europe au milieu des années 90. Leur « plus » ? Offrir aux consommateurs des produits - essentiellement du prêt à porter - à forte valeur ajoutée mais à des prix défiant toute concurrence (lire par ailleurs). Des chiffres renversants A Roquebrune-sur-Argens, à quelques kilomètres des Alpes-Maritimes, la société anonyme roquebrunoise d’aménagement (Sara) a en effet dans ses cartons un projet commercial pharaonique pour le terrain des Castagniers (23 hectares en bordure d’A8). Il s’agirait d’une cité marchande dédiée à l’habitat et comprenant plusieurs enseignes (dont un supermarché, une galerie marchande et le fameux village de marques) sur 53 000 m2 de surface commerciale. Réunis en association d’opposants au projet, les petits commerçants de l’est Varois ont dénoncé cette semaine, élus à l’appui, cette zone de chalandise (530 000 habitants de Cannes à Toulon) qui attirerait 7 millions de visiteurs par an et 5 000 véhicules/jour. Favorable au dossier, Luc Jousse, le maire de Roquebrune, oppose aux critiques la création de 1 300 emplois et les 2,5 millions d’euros annuels que rapporterait le « village » à la commune. Pour sa part, la CCI Côte d’Azur a fait savoir, par la voix de sa responsable de la communication, Christine Bracaval « qu’un projet de village outlet avait été envisagé un temps sur la carrière de Roquefort-les-Pins. Mais le dossier est aujourd’hui enterré. En revanche nous avons sollicité de la CCI du Var qu’elle nous communique tous les éléments dont elle dispose sur le projet du Cannet des Maures. C’est un dossier qui nous intéresse, mais sans le détail du montage varois nous ne sommes pas en mesure de nous prononcer sur l’effet qu’aurait un tel centre commercial dans les Alpes-Maritimes. » Après la longue partie de bras de fer que s’étaient livrés les « pro » et « anti » Ikea à Mougins, une nouvelle bataille vient donc de se déclarer.
Guillaume Bertolino
Nice Matin, 23 février 2008