Appréciés des marques, les soldeurs virtuels font un tabac auprès des internautes avides de bonnes affaires. Une nouvelle manière d’acheter. LES VENTES PRIVÉES sur Internet ? Si ces sites qui déstockent les invendus des grandes marques à prix réduits - entre 30% à 70% moins cher - sont peu connus, c’est que leurs noms s’échangent entre amis comme un bon tuyau. Il faut être parrainé pour pouvoir accéder à ces ventes flash dans des secteurs aussi divers que la mode, les cosmétiques, les jouets ou les nouvelles technologies. Surinvitation.com, LDCD.com, espacemax.com, achatvip.com, linvitedesmarques.com... Depuis 2004, la liste des « bonnes » adresses ne cesse de s’allonger. Plus d’une trentaine de sites s’inspirent du modèle économique inventé en 2001 par le leader incontesté du marché : vente-privee.com. En 2005, il a réalisé un chiffre d’affaires de 110 millions d’euros hors taxe. Et table sur 220 millions d’euros pour 2006. Ces soldeurs virtuels sont une aubaine pour les marques. Grâce à eux, elles peuvent se débarrasser rapidement des invendus sans perturber leur réseau de distribution et tout en maîtrisant leur image sur Internet. Le cofondateur de vente-privee.com, Jacques-Antoine Granjon, se déclare avant tout au service des marques : « En deux jours, nous pouvons vendre directement à partir de leur entrepôt 50 000 à 60 000 paires de chaussures alors qu’il leur faut plus d’un an pour en commercialiser 20 000 dans un magasin d’usine. » Ventes en 48 heures Quelque temps avant la vente qui ne dure souvent que 48 heures, le membre reçoit un mail avec une bande-annonce - très travaillée et entièrement réalisée par les sites - d’une trentaine de secondes présentant les produits. « Rien ne se fait sans l’aval de la marque : elle donne un cahier des charges à respecter, comparable à celui de ses campagnes de publicité », explique Jacques-Antoine Granjon. Sur espacemax.com, partenaire privilégié du magazine de mode Vogue, les mises en scène sont tellement sophistiquées que l’internaute n’a qu’une idée vague des modèles mis en vente, créant ainsi une envie de porter la marque avant de savoir comment. « Nous partons de l’image de la marque pour créer une inspiration nouvelle », explique Bertrand Thoral, directeur d’espacemax.com. Les sites sont donc conçus comme des écrins mettant en valeur l’étiquette. vente-privee.com n’a pas lésiné sur les moyens : six photographes réalisent 2 500 clichés par vente (400 sont prévues cette année), tous retouchés pour saisir le plus fidèlement l’objet afin de ne pas décevoir le client. Face à une concurrence de plus en plus féroce, les sites doivent attirer les marques les plus tendances et surtout les fidéliser. Une griffe ne pouvant se permettre d’être en vente plus de deux fois dans l’année sous peine de concurrencer ses propres points de vente et de porter atteinte à son image. Ces sites, qui démocratisent les grands noms du luxe sous couvert d’élitisme, sont aujourd’hui victimes de leur succès. Au premier trimestre 2006, près d’un quart des internautes, soit 5 millions de visiteurs uniques ont consulté au moins un des cinq premiers sites de ventes privées. Fort de 2,3 millions de membres, le site vente-privee.com restreint drastiquement les inscriptions en contrôlant de plus près les parrainages. Le nombre d’abonnés sera bientôt plafonné. « Nous ne pouvons pas envoyer un mail à 15 millions d’internautes leur annonçant une vente. La griffe perdrait aussitôt tout attrait pour le client qui peut s’approprier un objet de désir justement parce que tout le monde ne peut pas l’avoir », explique le cofondateur de vente-privée.com. Les femmes, nouvelles conquêtes : Les femmes ont fini par se laisser séduire par l’e-commerce. Il y a deux ans, au premier trimestre 2004, elles ne représentaient que 35,7 % des acheteurs en ligne. Puis 44,7 % l’année dernière à la même période. En 2006, les acheteurs en ligne se répartissent en deux parts égales selon leur sexe. Une conversion récente selon l’étude de Médiamétrie puisque plus de la moitié des internautes dont le premier achat date de moins de trois mois sont des femmes. Selon cette même source, parmi les cinq sites les plus en affinité avec les femmes, trois (kiabi.com, le club des créateurs de beauté et Somewhere) sont des sites marchands.
Source : Le Figaro, www.lefigaro.fr, 13 mai 2006