" A l’applaudimètre, ils étaient évidemment minoritaires, mais sans doute en proportion plus nombreux que les 13 % de Tournusiens qui avaient, lors du référendum de 2001, repoussé le premier projet : les opposants au centre de marques ne s’en sont pas laissés compter et ont avancé leurs arguments. Le premier à prendre la parole fut Jean Papillon, le président des détaillants de chaussures d’Europe qui, poursuivant une véritable croisade, de projet en projet, contre les centres de marques, est venu dire aux Tournusiens qu’à Roubaix, dont il est originaire, la création du centre de marques a entraîné la désertification commerciale du centre-ville et qu’à Troyes, en l’espace de trois ans, le centre de marques avait entraîné la disparition de 150 commerces de textiles et de 40 de chaussures. « Quand il se crée un emploi dans un centre de marques, il s’en détruit quatre ailleurs » a-t-il lancé avant de s’entendre répondre par les défenseurs du projet de Tournus que le positionnement du « Tournus Fashion Village » était différent et que le très haut de gamme ne rentrerait pas en concurrence avec les commerces locaux. Ce qui ne manqua pas de déclencher un deuxième débat,sur les marques pressenties. Il fut question d’Hugo Boss, Calvin Klein ou encore Kenzo. Prenant la balle au rebond, le président de la fédération des unions commerciales de Saône-et-Loire, Patrick Raffin, contesta le caractère haut de gamme de la marque Hugo Boss : « Il faut savoir de quoi on parle quand on évoque du très haut de gamme, voire du luxe ! Ces marques-là ne sont pas intéressées pour le moment par des villes comme Tournus. On est en train de nous leurrer pour ce projet où toutes les cases restent encore à vendre. » Une référence implicite au fait que, si le positionnement haut de gamme est un choix préalable du promoteur, la loi française n’oblige pas à ce que ce choix soit respecté par la suite. Mais Bernard Boulay, du cabinet Mall and Market, ne l’a certes pas entendu de cette oreille : « Les choses sont en train d’évoluer et Dior vient de s’implanter dans un centre de marques en Angleterre », a-t-il répondu tout en réaffirmant que Tournus restait idéalement placé pour attirer ces marques. On aurait été surpris que le conseiller municipal communiste Marc Vessiller, depuis toujours opposé au projet, ne se fasse pas entendre : « On nous présente ce centre de marques comme « The » truc qui va sauver Tournus. Mais on a appris à Tournus avec la Manu et maintenant à Chalon avec Kodak, ce qu’entraîne la disparition d’un gros employeur. Or, demain, on le voit avec la concurrence du projet de Bellegarde, ce type de commerces subira la même guerre économique que les autres branches d’activités. » La réponse des promoteurs fut catégorique : « On n’a jamais vu de centre commercial de ce type fermer ses portes. » En un mot, à l’issue d’un débat très contradictoire, les francs partisans du dossier ont été confortés dans leurs convictions. tout comme ses farouches opposants."
Source : www.archives.lejsl.com, Gilles Platret, 2 mars 2006