Petite robe noire pour les fêtes (à 707 euros), jupe à fleurs (385 euros) ou ceinture de cuir blanc (130 eu-ros)... A quelques jours de Noël, la marque italienne Marni a fait sensation, en ouvrant, sur la toile, sa pre-mière boutique virtuelle. L’internaute peut acquérir, en quelques clics sur Marni.com, l’une des créations, vêtement ou accessoire, dessinées par Consuelo Castiglioni. C’est la première griffe de luxe à ainsi mettre en vente toute sa collection sur le Net, à destination des Européens et des Américains. "Un tabou est levé, souligne Marc Lolivier, délégué général de la Fédération des entreprises de vente à dis-tance (Fevad). Jusqu’alors le monde du luxe - de peur de ternir son image prestigieuse - s’était aventuré à pas comptés sur la toile." La surprise de ce Noël 2006 est la suivante : en moins d’un an, les Françaises sont passées en tête des cyberacheteurs (soit, 51 % de 19 millions d’individus). Du coup, les vêtements et chaussures, notamment griffés, sont devenus les produits les plus commandés sur la toile, juste après l’acquisition de billets de train et d’avion. Ils représentent 66 % des transactions, devant les biens culturels, selon une étude du Credoc réalisée en octobre pour la Fevad et la Poste. Cet engouement bénéficie aux sites de ventes privées qui proposent - à la manière des séjours de dernière minute en palaces - des ventes flashes de vêtements de marque à prix bradés. Après Vente-privées.com, pionnier sur ce marché, sont apparus Survinvitation. com, AchatVip, EspaceMax, Club-prive.fr... qui propo-sent tous une sélection d’articles de la saison précédente. "Je me félicite de cette révolution féminine, qui nous a permis, depuis juin 2005, de devenir numéro un des supermarchés du luxe sur Internet", lâche, quant à lui, Sven Lung, 36 ans, PDG fondateur de Brandalley, la première galerie marchande de prêt-à-porter à prix discount. "Nos clientes sont des femmes actives de 18 à 35 ans, avec deux enfants et résidant en province : elles plébiscitent les jeans signés Diesel ou Replay, et les vêtements de marques comme Cacharel, Calvin Klein ou Dolce & Gabbana, que nous leur proposons toute l’année, environ 50 % moins cher." Cette plate-forme du luxe à bas prix puise dans l’équivalent de 10 milliards d’euros d’invendus dans le monde, et ce sans conflit avec les canaux de distribution classique. Par-tout, le cyberluxe est en plein essor. En septembre, Sarenza.com, qui offre en ligne le choix de 190 marques de chaussures, a ouvert un espace, "Exclusive", où il abrite les modèles des créateurs Christian Lacroix, Michael Kors, Marc Jacobs... ainsi que des artisans bottiers. Début décembre, Yoox.com, né en 2000 et équivalent d’un magasin très chic, type Le Bon Marché à Paris, a lancé un partenariat avec la créatrice es-pagnole Agatha Ruiz de la Prada. Elle a dessiné en exclusivité cinq robes, toutes accompagnées du croquis original, et des poupées, des chaussures et des bijoux pour toute la famille. Les maisons de luxe ayant pignon sur rue - Hermès, Dior, Louis Vuitton ou Gucci... - ont, il y a quelques mois, transformé leur site en e-boutique. Ici seuls sont disponibles des accessoires, des parfums ou des bijoux. En revanche, le service est à la hauteur du rêve que suscitent ces grandes maisons, avec notamment des emballages sophistiqués et enrubannés. Hermès a même pensé à offrir (contre 30 euros) une livraison par coursier sur Paris, dans les trois heures suivant la commande. Dans le très haut de gamme, le britanni-que Paul Smith (www.paulsmith.co.uk) et la belge Diane de Furstenberg (dvf.com) proposent aussi une sé-lection pointue de leurs créations. C’est que les cyberacheteurs ne sont pas des gens ordinaires. Habitant à 60 % en province, ils sont plutôt jeunes cadres supérieurs et aisés : 70 % des Français, au revenu mensuel compris entre 3 800 euros et 4 499 euros, surfent déjà sur Internet pour faire leurs courses. Et ce chiffre grimpe à 80 %, quand le revenu mensuel est supérieur à 4 500 euros. Autant dire une cible idéale pour les griffes de luxe. Pour ce Noël, on prévoit un nouveau record d’affluence. "Les internautes qui avaient dépensé, en novembre et décembre 2005, 1,7 milliard d’euros, devraient franchir la barre des 2 milliards d’euros", assure M. Lolivier. Le site comparateur de coûts, Guide.com, a aussi pensé à ceux qui seraient en panne d’idées. Il propose des cadeaux d’exception, comme ce bijou de créateurs (pour elle) ou ce stage de pilotage sur Porsche (pour lui). A des prix (de 27 à 240 euros)... relativement abordables.
Source : Le Monde, 12 décembre 2006