"Romorantin, sous-préfecture du Loir-et-Cher de 18.000 habitants assommée par la fermeture des usines Matra en 2003, s’accroche à son projet de « Carré des Marques ». À savoir 86 luxueux magasins d’usine proposant, dans un environnement léché, des produits griffés à prix soldés. Mieux qu’à Troyes ! Repoussé en 2004, face à la fronde des commerçants locaux, le projet revient en force. Et il n’y a pas de meilleur avocat que le maire de Romorantin, Jeanny Lorgeoux, pour défendre ledit projet. « Tous les commerçants ici sont "pour", sauf quelques-uns de la filière vestimentaire, stimulés par le collectif hostile (. .. ) Si on a peur pour son propre petit commerce, on vient discuter avec le maire pour profiter de la future opportunité ( ... ) C’est du corporatisme crispé qui ne veut pas prendre en compte une évolution inéluctable. Si cela ne se fait pas à Romorantin, le projet verra le jour ailleurs ( ... ) C’est un levier de développement ; j’ai déjà quatre ou cinq projets d’autre nature qui viendront se greffer sur celui-ci. J’ai en charge un intérêt collectif ; si le projet n’est pas réalisé, tout le Romorantinais crève ! », indique l’élu qui jure que les 212 emplois promis sont des « équivalent temps plein ».
Le projet de Mer rejeté Un collectif régional, présidé par Philippe Gauthier et soutenu par les chambres consulaires de la région Centre, mène une fronde contre le projet « afin de sauver le commerce du centre-ville » dans un rayon de 100 km à la ronde. Unanimité de toutes les chambres de commerce de la région qui, dans une motion, disent leur refus d’une telle concentration de magasins d’usine, quels qu’en soient le lieu d’implantation et l’importance. Autant d’opposants encouragés par le refus, voté par la Commission départementale d’équipement commercial (CDEC) début juillet, pour un autre projet appelé « Château des Marques » à Mer, également dans le Loir-et-Cher. Vingt-trois boutiques devaient voir le jour sur 3.000 m2, soit un investissement de 5 à 8 millions d’euros. Les promoteurs entendraient faire appel. « Le projet de Mer ne compte aucun point commun avec le nôtre, vraiment haut de gamme, et qui ne ressemblera en rien aux magasins d’usine de Vélizy ou Roanne », martèle Jeanny Lorgeoux
François Foussier, vice-président de la CCl du Loiret et président des « Vitrines d’Orléans », milite activement au sein du comité hostile au projet de Romorantin. À ses yeux, le commerce indépendant installé dans un large périmètre alentour ne s’en relèverait pas. En face, Jeanny Lourgeoux « ne comprendrait pas qu’on laisse passer, dans un territoire nécrosé, une opportunité offerte par une société cotée au CAC40 »
Tout individu pourra s’exprimer sur le sujet à partir de septembre, date à laquelle une enquête publique sera ouverte. Début 2008, l’incontournable CDEC (qui compte en son sein des élus, commerçants et représentants des chambres consulaires), votera sur le sujet. Autant dire que le débat est loin d’être clos
Philippe Ramond. Le puissant investisseur Unibail-Rodamco entend ouvrir, à fin 2009, 86 boutiques d’usine à Romorantin. Le commerce de centre-ville orléanais, comme ailleurs, redoute une onde de choc très néfaste
L’investisseur immobilier franco-néerlandais Unibail-Rodamco, qui pèse 21 milliards en Bourse, se dit prêt à investir 53 millions d’euros et mise sur la création de 212 emplois pour l’ouverture d’un village des marques programmée pour le dernier trimestre 2009. « Nous n’avons aucune inquiétude sur le remplissage des 18.400 m2 de surface commerciale. Nos 86 boutiques trouveront preneurs parce que toutes les marques doivent écouler leurs invendus », assure l’une des responsables du groupe
Le projet prévoit de s’étendre sur une surface hors oeuvre nette de 21.748 m2 . Aux boutiques s’ajoutent 462 m2 de surfaces de restauration, 399 m2 de bureaux administratifs répartis sur deux niveaux, 279 m2 de services et sanitaires, 289 m2 de locaux techniques auxquels s’ajoutent 1.012 places de stationnement. Un jardin pourra être aménagé au sud du projet : il disposera d’aires de jeux, sera clos depuis l’extérieur du site et son accès se fera uniquement depuis l’espace commercial. Il profiterait à la fois aux enfants et aux consommateurs des terrasses de restaurants qui lui font directement face. Selon les promoteurs, « le village des marques pense générer 50,62 millions de chiffre d’affaires la première année C ... ) Il drainera une zone de chalandise de 1,4 million d’habitants à moins d’une heure et quart de voiture et de 9 millions de touristes visitant chaque année la Sologne et les châteaux de la Loire ». Le complexe commercial, entouré de hauts murs d’enceinte avec des portes à l’architecture monumentale, entend évoquer les châteaux de la région.
(Source : La République du Centre 30 juillet 2007)