" Faire les magasins le dimanche, mais à condition que ce soit le voisin qui tienne la caisse... Les Parisiens et les provinciaux n’ont pas le même avis sur la question. Polémique
Faire ses courses le dimanche... Un rêve de citadin débordé ? Peut-être. Mais à quelques exceptions près, la loi de 1906 sur le repos dominical ne le permet toujours pas. « Les gens courent toute la semaine, il faut leur laisser la possibilité de faire des achats plaisir le dimanche, s’exclame Jean-Noël Reinhardt, le président du directoire de Virgin France. Aujourd’hui les magasins physiques sont enfermés dans leurs horaires quand dans le même temps on peut faire ses courses jour et nuit sur internet. » « Aujourd’hui, la société est mûre pour une évolution de la législation », estime Jean-Patrick Grimberg, le président de l’association des commerçants d’Usines Center de Villacoublay (Yvelines). Au printemps, la justice avait ordonné aux 64 magasins de ce centre commercial de fermer leurs portes le dernier jour de la semaine. Dans la foulée, Pierre Lellouche, député UMP de Paris, déposait à l’Assemblée nationale une proposition de loivisant à autoriser les commerces à ouvrir ledimanche.
Un énième retour de l’Arlésienne... Cela fait en effet trente ans que le débat sur l’ouverture dominicale déchaîne les passions. Quitte à nous rendre schizophrènes. Car faire ses courses le dimanche, pourquoi pas, mais à condition que ce soit le voisin qui tienne la caisse ! 75 % des salariés français déclarent ainsi ne pas vouloirtravailler ce jour (BVA, juin). De quoi apporter de l’eau au moulin des défenseurs du dimanche qui parlent de « régression sociale » et pointent le risque de « concurrence déloyale » des grandes surfaces face à des petits commerces qui n’ont pas la même flexibilité. Au doigt mouillé, le ministre du Commerce et des PME, Renaud Dutreil, estime même que « des centaines de milliers de commerçants » de centre-ville seraient « détruits » par une telle mesure. Bataille des chiffres, mais surtout bataille autour d’un symbole qui vient de fêter son centième anniversaire. Et qui est bien chahuté à l’heure d’internet et des RTT... « C’est vrai,la société a besoin de totems comme le dimanche », prévient Jean Viard, sociologue au CNRS et auteur de « Eloge de la mobilité » (Editions de l’Aube). « Maisnous sommes passés d’un temps collectif où tout le monde avait les mêmes horaires à un temps « individué ». »A ses yeux, « et à condition d’instaurer des garde-fous », le travail dominical pourrait satisfaire de nouvelles attentes. « Les gens adorent l’arythmie du temps, ils n’ont pas envie d’une vie trop réglée. Travailler un dimanche de temps en temps, ça veut aussi dire ne pas travailler un autre jour de la semaine. » D’ailleurs, 20 % des salariés travaillent déjà le dernier jour de la semaine. Et ils peuvent souvent y trouver leur compte, financièrement en tout cas : dans les six magasins Virgin ouverts le dimanche, les salaires des volontaires sont par exemple multipliés par deux. Les Parisiens seraient-ils plus allergiques au dimanche chômé ? 75% des habitants d’Ile-de-France se disent en tout cas favorables au principe de l’ouverture dominicale (Ipsos, avril). Pour Jean Viard, le fossé se creuse entre la province et Paris où le jour du Seigneur n’est pas vécu de la même façon. La raison ? D’abord, la région parisienne est mal équipée en grandes surfaces. « Du coup,les gens font de plus petites courses, plus souvent », explique-t-il. Autre facteur, la moitié des Parisiens sont célibataires. « Le dimanche est donc moins consacré à la famille. » Et donc favorable pour faire du shopping ou... des heures sup mieux payées ! Et puis la capitale « est orpheline de la mer ou de la montagne. C’est la ville où l’on part le moins en week-end ». Bref, si Paris a toutes les raisons de haïr les dimanches, au-delà du boulevard périphérique, c’est moins clair...
Plusieurs grandes enseignes comme Ikea, Castorama, Leroy-Merlin, Décathlon, Usines Center ou Darty ouvrent déjà certains de leurs magasins le dimanche. Quand elles ne bénéficient pas de dérogations préfectorales,ces enseignes choisissent de braver la loi. Et préfèrent risquer de payer une amende plutôt que de rester portes closes quand tous les voisinssont ouverts. "
Source : www.nouvelobs.com, François Beguin, Semaine du jeudi 31 août 2006 - n°2182 - Economie