« La vaisselle de Jaune de Chrome s’impose chez les grands »

« Il tourne le dos à l’école et pratique de nombreux métiers avant de devenir potier à vingt-cinq ans, par amour pour une potière. Fasciné par l’émail, féru de dessin et de peinture, cet autodidacte issu d’une famille de chirurgiens orléanais se lance dans le travail du grès, crée sa société en 1980, vend ses produits dans une boutique rue de la Paix, à Paris, avant d’aller s’installer en pleine Beauce, à Tivernon. C’est là que Jaune de Chrome fait ses débuts, en 1986. Avec sa deuxième femme, qui est styliste, il se lance cette fois dans la porcelaine de table qu’il décore grâce à une technique d’émaillage inédite, inspirée de son expérience du grès et à contre-courant des chromos classiques.
Or, argent, couleurs mates, reflets étonnants, le résultat plaît, bien au-delà des frontières, en phase avec « le goût d’une époque pour un certain minimalisme, zen ».
Après avoir fréquenté les marchés, il propose ses collections au Salon Maison et Objet et mise très tôt sur l’hôtellerie et la restauration. Repéré par un architecte décorateur, il réalise la vaisselle de Troisgros à Roanne, trouve ses premiers clients à l’étranger et reprend Palais Royal, une marque parisienne en difficulté, qui possède une boutique dans le quartier Latin. En 1998, le restaurateur Alain Ducasse a un coup de coeur pour ses collections. Jaune de Chrome va dès lors créer la vaisselle de ses restaurants partout dans le monde, à Paris, à Tokyo, à l’île Maurice...
L’entreprise, qui réalise 1 million d’euros de chiffre d’affaires, fournit désormais les palaces du monde entier ainsi que des stars et de richissimes émirs, grâce au travail de ses 9 salariés. Au point qu’elle ne peut plus satisfaire toutes les commandes. En janvier, Christian Le Page se tourne vers Saint-Léonard-de-Noblat, dans la Haute-Vienne, où il rachète à Lalique le porcelainier JL Coquet (4 millions d’euros de chiffre d’affaires). Cette reprise, via un holding, permet d’approvisionner Jaune de Chrome en « dégourdi » et d’accroître ses capacités de production. En parallèle, le dirigeant retravaille les collections et prospecte de nouveaux marchés, pour redresser l’entreprise (500.000 euros de pertes en 2004) et préserver ses quelque 80 emplois.
En 2005, Jaune de Chrome a décidé d’intégrer le circuit de distribution américain. « En étant présent dans des boutiques, je sais que je vais me couper de clients qui achètent cette vaisselle par snobisme, pour la rareté du produit, mais, pour redresser Coquet, je dois augmenter les volumes », dit-il. Dans le même but, la société ouvre 2 magasins d’usine à Rouen et Reims pour vendre des produits déclassés à des prix très abordables. D’autres devraient suivre en France. »

Source : Les échos - 06.07.05

 

siec 12

(*) Champs obligatoires