Bradés, vendus en ligne, donnés aux associations ou expédiés dans les pays émergents, les rebuts des soldes connaissent de nombreux débouchés.
QUE reste-t-il après la dernière démarque, le coup de balai final ? Des invendus. Les commerçants ont beau pratiquer des rabais agressifs pour vider leurs rayons avant l’arrivée de la prochaine collection, ils se retrouvent malgré tout avec sur les bras des articles dont personne ne veut. Tailles extrêmes, modèles ratés, coloris repoussants et surtout séries commandées en trop grand nombre, ils doivent gérer ces vêtements devenus obsolètes. Ce « mauvais stock » ou « stock mort », comme l’appellent les détaillants, représenterait en moyenne 6 % des collections. Sa valeur est dépréciée dans leurs comptes ; reste à trouver un sort à la marchandise.
Les grands magasins évoquent ce sujet du bout des lèvres. Une partie de ces invendus est mise en réserve et ressortie... pour les soldes de l’année suivante, le plus souvent en vrac dans des bacs. Le Printemps développe aussi des accords prévoyant leur reprise par ses fournisseurs. Aux Galeries Lafayette, comme chez certaines marques, on détruit même une partie des biens.
Parallèlement, il existe des filières organisées capables de donner une seconde vie aux vêtements. Des soldeurs professionnels se font fort de racheter ces stocks, pour quelques centimes ou quelques euros la pièce, voire au kilo, approvisionnant marchés ou magasins dégriffés.
Cap sur la Russie
Plus moderne : les sites Internet de déstockage se multiplient. Des séries entières d’articles de saisons précédentes peuvent y être écoulées sous forme de « ventes privées » en quelques heures, avec des marges réduites (5 % à 10 % du prix de vente). Les marques ouvrent aussi des magasins d’usines à leur nom, dans des centres commerciaux spécialisés qui fleurissent de Marne-la-Vallée à Troyes ou dans le Nord.
La Redoute a mis en place un réseau pour écouler ses fins de collections, les Aubaines, à la fois sous forme de magasins, de catalogue et de site Web.
Plus simple : donner les invendus aux associations caritatives. Emmaüs a passé un accord l’an dernier avec Carrefour et Pimkie pour collecter dans toute la France leurs rebuts. « Nous avons récupéré plusieurs centaines de palettes de chaussures, de tee-shirts, de bas, de sous-vêtements, de pantalons... », raconte Franck Girodet, de l’association. Celle-ci s’est chargée ensuite de les revendre dans ses propres magasins Emmaüs ou d’en faire don aux populations dans le besoin. En revanche, certaines ONG ont cessé de réexporter des vêtements dans des pays émergents, en Afrique principalement, où les prix pratiqués tenaient du dumping face aux industries textiles locales.
Des grossistes marchands, eux, ne s’en privent pas. Vers le Sud ou vers la Russie, en passe de devenir un eldorado pour la mode française démodée. « Jusqu’au fin fond de la Sibérie, des marques comme Pimkie, Morgan, Kookaï ou Camaïeu sont très connues. C’est un bon moyen de développer une clientèle à peu de frais, avant de s’implanter vraiment dans le pays », explique Sami Sboui, chercheur à l’association EuromedTextile. Seul problème : commencer par les prix bradés risque de mal préparer ces clients à payer plus tard le prix fort.
Source : www.lefigaro.fr, Florent Collomp, 8 janvier 2006