« Ouvert et inauguré en grande pompe le 12 octobre, le centre de magasins Marques Avenue à la Séguinière a, comme on pouvait s’y attendre, fait le plein de visiteurs. Le bilan réalisé à l’issue du premier mois d’ouverture dépasse toutes les attentes. 3,145 millions d’euros de chiffre d’affaires, 125 500 personnes, 197 euros de panier moyen ! Ce sont les meilleurs scores enregistrés lors de l’ouverture d’un Marques Avenue. "Et l’expérience montre que le démarrage très fort d’un centre annonce des performances intéressantes pour l’avenir", prévient Alain Salzman, le promoteur, qui rappelle de plus que quatre boutiques n’ont pas encore ouvert leurs portes. Un rapide calcul permet toutefois de constater que seulement 13% des visiteurs ont réalisé un achat. De fait, la déception a été de taille pour certains badauds pensant faire des affaires, lorsqu’ils ont constaté les niveaux des prix plutôt élevés. "Il faut considérer la réduction consentie sur les produits et non pas leur prix en tant que tel, précise-t-on chez Marques Avenue. Il ne s’agit pas de discount textile, mais de l’écoulement de fin de série de marques haut de gamme vendues entre 30% et 50% moins cher qu’en boutique un an plus tôt". Soyons clairs, le magasin d’usine au sens stricto sensu du terme (vente de second choix ou d’invendus dans l’usine où ils ont été fabriqués) tend à disparaître au même rythme que la production manufacturière est délocalisée. Par conséquent, Marques Avenue et les autres spécialistes de ce style de distribution (McArthurGlen, Value Retail...) se positionnent bien sur un concept de magasins de marques permettant "aux créateurs d’écouler leurs stocks, mais dans des circuits contrôlés", assure Isabelle Rivière, chargée de communication chez Marques Avenue. Un concept qui ne cesse de se développer tant en France qu’en Europe. Entre 2003 et 2005, la surface de vente y a augmenté de 32% (1,8 million de mètres carrés, soit 134 centres qui dégagent un chiffre d’affaires de 6,4 milliards d’euros selon l’observatoire de la CCI de Troyes). Et 523 000 m2 seraient en projet. D’autant qu’en France notamment ce mode de distribution ne représente que 1,9% des dépenses d’habillement contre 1,7% en 2003. Cette part pourrait atteindre 2,1% en 2007. "Si tous les projets voyaient le jour, la surface commerciale dans l’Hexagone doublerait d’ici à 2008", pronostique Didier Papaz, le président de la CCI de Troyes, qui organisait début octobre le deuxième colloque européen sur le devenir des centres de magasins de marque. Les ténors du secteur affûtent leurs armes. Le leader français, Concept et Distribution qui vient d’ouvrir à la Séguinière son sixième Marques Avenue, prépare une extension de 4 000 m2 de son site de Romans (7 400 m2) et une reconfiguration de celui de Ris-Orangis (Essonne). McArthurGlen et Value Retail travaillent aussi à l’agrandissement de leur site respectif de Troyes et de Marne-la-Vallée. Freeport ferait son apparition en France avec un projet de 25 000 m2 dans l’Est en 2007 et un second dans le Var en 2008. De même que Gva Collyer Coxhead qui pourrait s’implanter en Saône-et-Loire et même en Ille-et-Vilaine, comme croit le savoir Le Journal du textile. Le combat des détaillants ne fait que commencer. Magasins d’usine - surfaces de ventes en milliers de mètres carrés : Etats-Unis : 5 000 ; Grande-Bretagne : 571,8 ; Italie : 260,3 ; France : 235 ; Espagne : 196,9 ; Portugal : 114,7
Prudence, réserve, craintes et justifications La nouvelle du dépôt prochain du dossier de centre de marques de Bellegarde, préparé dans une grande discrétion jusqu’à l’annonce officielle de la semaine dernière, a jeté le trouble dans le monde des magasins de marques. Didier Moret, reconnu comme « le » spécialiste national des centres de marques, par ailleurs animateur de l’Observatoire européen des centres de marques, reconnaît que l’annonce a engendré une certaine fébrilité : « j’ai été contacté par pas mal d’opérateurs sur le marché, qui se posent beaucoup de questions ». Un parfait connaisseur de son sujet qui, d’une manière générale, met en garde : « tous les projets ne sont pas d’égale qualité, ce qu’il faut, c’est le plus de données possibles sur l’opérateur et savoir d’abord s’il porte l’ensemble du projet jusqu’à la gestion ou s’il s’agit simplement d’un dénicheur de sites. Ensuite, pour tout projet, il faut regarder de près la typologie des marques. Pour que le positionnement sur le haut de gamme ne soit pas d’un effet d’annonce, il faudrait un engagement écrit, or en France, il n’y a aucune obligation en la matière ». A Tournus, le maire-adjoint Jean Boutet, qui suit le projet dès l’origine, joue résolument la carte de l’optimisme : « il est sûr qu’il n’y aura pas deux projets de ce type. D’où la nécessité de faire aboutir celui de Tournus dans l’intérêt de la Saône-et-Loire et de la Bourgogne. La région Rhône-Alpes a déjà un centre de marques à Romans. Est-ce qu’elle doit tout prendre ? La Bourgogne n’aurait-elle pas, elle aussi, le droit de vivre ? » Un élu qui met en avant les statistiques : en dix ans, l’emploi a progressé dans l’Ain de 25,5 % contre 9,8 % en Saône-et-Loire, d’où l’impérieuse nécessité à ses yeux de soutenir le projet de Tournus. Du côté du promoteur britannique G.V.A, qui porte le dossier du « Tournus Fashion Village Bourgogne », c’est la plus extrême réserve qui prévaut. Chantal Lutz, chargée de communication pour le groupe, qui n’a pas encore eu les détails du dossier bellegardien, se refuse à tout commentaire, précisant seulement que si la proximité de deux projets pose question, « c’est surtout compromettant pour le projet de Bellegarde car le nôtre est plus avancé ». En revanche, Jean-Patrick Courtois, le sénateur-maire de Mâcon (une ville dont Bellegarde n’est pas si éloigné), reste sur la même ligne : « je suis contre tous les villages de marques. Ils détruisent complètement les centres villes. Il faut être clair dans nos politiques publiques : on ne peut pas mettre de l’argent pour restructurer les centres villes et les détruire en acceptant l’installation de magasins de marques. Je serais contre même si un projet naissait sur ma propre commune ». Reste encore une inconnue : la position de la Chambre de Commerce et d’Industrie de l’Ain. En novembre 2001, l’instance consulaire avait exprimé son entier désaccord avec le projet de Tournus. Pourra-t-elle changer d’avis au motif qu’un dossier est aujourd’hui déposé dans son département ?
Source : http://www.agglo-choletais.fr / 23 novembre 2005