L’habillement, variable d’ajustement des ménages

Pendant la crise, les défilés continuent. Le monde de la mode semble insensible à la tourmente financière qui emportent les bourses et les banques. En apparence seulement, car le secteur de l’habillement n’est pas épargné par la conjoncture économique.

Au mois d’août, la consommation d’articles d’habillement et de textile a affiché un recul de l’ordre de 8 % par rapport au même mois de l’année précédente, selon Distirbilan, l’observatoire économique du secteur mis en place par l’Institut français de la mode (IFM). Et malgré la rentrée, ces chiffres ne devraient pas s’améliorer dans les prochains mois. "Le retour de l’inflation pèse sur le pouvoir d’achat des ménages et quand ils ont à faire face à des hausses des prix dans l’alimentation et l’énergie, cela se fait au détriment de l’habillement", note Gildas Minvielle, responsable de l’observatoire économique de l’IFM.

Les petits commerçants, souvent situés dans les centre-villes ont noté que les 15 premiers jours de septembre avaient été très calmes. Dans les autres circuits de distribution (grandes surfaces ou enseignes spécialisées), les résultats sont contrastés. La fréquentation a été forte le week end et s’est améliorée la deuxième semaine de septembre. Mais cette embellie s’explique par un effet rentrée, les rayons enfants ayant été particulièrement visités. Un phénomène qui ne devrait pas se poursuivre. Or, au même titre que janvier, la période des soldes d’hiver, "septembre, octobre, novembre et décembre sont des mois importants pour le secteur", souligne Gildas Minvielle. Déjà, la consommation de textile en juillet, au moment des soldes d’été avait marqué le pas.

Au total, sur les huit premiers mois de l’année les ventes d’habillement ont reculé de 1,7 %. La baisse est particulièrement marquée dans la vente par correspondance (-4,6 %) malgré le développement des sites marchands sur Internet, et les hypers et supermarchés. "Ces derniers subissent la concurrence d’enseignes spécialisées qui se trouvent dans la même galerie marchande", observe Gildas Minvielle. Sans compter que le succès dans l’alimentaire du hard discount a fait reculer la fréquentation de la grande distribution. Les autres grands perdants sont les petits commerces indépendants du centre ville qui doivent cohabiter avec des chaînes de magasins comme Zara ou H&M. En revanche, les magasins du type Monoprix ou les grands magasins tirent leur épingle du jeu.

Mais la crise est là pour tout le monde. Si le géant suédois de l’habillement, Hennes et Mauritz (H&M), a annoncé récemment des résultats en hausse pour le troisième trimestre, leur croissance a été moins rapide que lors des trimestres précédents. Ces résultats ont déçu les analystes financiers qui s’attendaient à mieux et qui ont été sanctionnés en Bourse.

Pour le moment, le segment haut de gamme ne semble pas atteint par la crise économique. "Les clients qui peuvent se payer des vêtements de luxe sont moins touchés par des problèmes de pouvoir d’achat", note l’analyste économique de l’IFM. Cependant, les marques de luxe implantées en France et particulièrement dans la capitale peuvent voir leurs ventes affectées par une fréquentation touristique moindre, le chiffres de vente des boutiques parisiennes étant soutenu par les achats de riches étrangers en visite.

Dans le monde du luxe, on se prépare discrètement à la crise. Il y a trois semaines, à l’occasion de l’assemblée annuelle des actionnaires de son groupe, Johann Rupert, président de Richemont (suisse) se félicitait que son groupe n’ait pas été affecté par les turbulences financières. Cependant, Il relevait déjà des "signes de ralentissement" sur le marché américain, en raison des difficultés naissantes. Depuis, la situation s’est encore détériorée et dans les coulisses des défilés de prêt à porter féminin pour l’été 2009, à Milan, on confiait se préparer à une année difficile.

Avec la crise financière, les clients de produits de luxe se montrent plus prudents dans leurs achats, déclarait, samedi, Robert Polet, PDG de Gucci Group au quotidien italien La Repubblica. "Quelque chose a changé dans l’esprit des consommateurs au cours de l’année écoulée. Ils sont aujourd’hui plus prudents, surtout en ce qui concerne les achats d’impulsion", expliquait-il. "Un gros client qui, auparavant, achetait quatre sacs, va peut-être en acheter seulement trois aujourd’hui, sans changer de marque pour autant", racontait le patron du pôle luxe du groupe français PPR. Mais il se voulait rassurant : les grandes marques surmontent toujours les difficultés conjoncturelles, assurait-il.

Joël Morio

Source : Le Monde, 02.10.2008

 


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