Iestyn Roberts, Chief Executive de Freeport

Freeport a été créé et introduit à la bourse de Londres en 1994.

La société est actuellement un des premiers acteurs européens du secteur des centres de marques.

Dans cet entretien, Iestyn Roberts, Chief executive, explique la place qu’occupe Freeport sur ce marché.

Magdus : Pourriez-vous faire un rapide commentaire sur la création de Freeport et son développement dans le secteur des centres de marques ?

Comme toutes les bonnes entreprises, nous pensons que l’avenir est plus intéressant que le passé. Le Royaume-Uni a été le premier pays européen à concevoir les magasins d’usine sous la forme de centres commerciaux. Freeport plc était un des plus importants acteurs dans ce processus avec McArthurGlen, et a développé 6 centres à travers le Royaume Uni. Les fonds nécessaires à ce développement ont été réunis via la Bourse de Londres. En 2004, le marché au Royaume-Uni était saturé et il n’y avait plus de nouvelles opportunités ; nous avons alors décidé de nous concentrer sur les marchés en essor en Europe et nous nous sommes retirés des centres au Royaume-Uni. N’ayant plus d’actifs sur ce marché du Royaume-Uni, et affichant des ambitions de prospérer en Europe, Freeport Group a transféré son siège à Monaco en 2005. Monaco a semblé un choix logique, mais nous continuons à revoir nos structures.

Freeport a été racheté par le groupe Carlyle cette année. Est-ce que Freeport souhaitait trouver un acheteur ou était-ce seulement une opportunité liée à l’intérêt montré par Carlyle ?

Trouver les financements, via la bourse de Londres, pour nos nouveaux développements, est devenu plus difficile, et nos actionnaires ont pensé que nous devions redevenir une société privée pour pouvoir exploiter les opportunités. Depuis septembre 2007, nous faisons entièrement partie du groupe Carlyle. Cette situation est très motivante, car Carlyle n’a pas seulement accès à des ressources de financement mais est également très expérimenté dans le domaine du développement, et pourra accroître nos compétences.

Les derniers mois ont été difficiles pour le groupe, avec votre ancien PDG jugé pour détournement de bien sociaux, et le recul du cours de vos actions à la Bourse de Londres. Etes-vous inquiet de l’impact de ces événements sur l’image du groupe ? Quel message aimeriez-vous communiquer aujourd’hui à vos actionnaires et investisseurs ?

Je pense que depuis le rachat par Carlyle, ceci est maintenant du domaine du passé. Le Chairman et moi-même avons discuté longuement avec nos actionnaires, qui comprennent et sont d’accord avec notre stratégie pour rétablir la réputation de la société. Je suis persuadé que nous avons bien agi pour les actionnaires et qu’ils apprécient nos efforts pour rétablir de la valeur pour l’entreprise.

Le groupe Freeport est actuellement présent dans 3 pays : la Suède, la République Tchèque et le Portugal. Pourquoi et comment s’est passé votre lancement dans ces 3 pays ?

A la base, tous les investissements fonciers sont un peu opportunistes. Notre stratégie est de construire des centres avec une grande zone de chalandise. Ces trois sites étaient les premiers pour lesquels nous avons reçu le permis, suite à nos études de marché et nos entretiens avec les propriétaires et les collectivités locales concernés. Je pense que notre plus grosse difficulté en dehors du Royaume-Uni est de traiter avec des propriétaires de franchise et non directement avec des marques, ce qui peut perturber l’arrivage de stocks, primordial pour les niveaux de ventes – et donc nos revenus locatifs. Nous avons appris que même si nous traitions directement avec des franchisés locaux, la marque elle-même doit intégrer le magasin d’usine dans sa stratégie et le soutenir avec le stock nécessaire.

Quelle est la position du groupe concernant l’offre ? Comment-vous distinguez-vous de vos concurrents, face à l’uniformité grandissante de l’offre des centres de marques ? Y-a-t-il des spécificités pour chaque pays, particulièrement ceux où le groupe est présent ? Et comment vous y êtes-vous vous adapté ?

Nous sommes fortement ancrés dans le moyen–haut de gamme, nous concentrant sur la clientèle financièrement à l’aise et qui aime acheter les marques prestigieuses. Il est difficile de nous distinguer de nos concurrents, avec qui nous partageons les mêmes objectifs, mais je ne pense pas que cela pose un problème pour la clientèle qui fréquente surtout le centre le plus proche de chez elle. Notre différence majeure réside sans doute dans notre attachement à l’environnement et à notre expérience « shopping », dans la globalité du terme. Bien sûr, chaque pays est différent quant au comportement de ses consommateurs : à quel moment préfèrent-ils faire du shopping, comment règlent-ils leurs achats, quelles sont leurs marques préférées, quel niveau de services souhaitent-ils, etc. Mais il y a beaucoup de caractéristiques communes ! Les gens aiment faire les magasins, ils aiment les marques à des prix exceptionnels, ils veulent des parking, être bien servis, ils veulent du choix…

Le nom « Freeport Leisure plc » représente bien le positionnement du groupe sur le « fun shopping » (combinant la vente avec les loisirs), dont une bonne illustration est votre centre de Lisbonne. Pensez-vous continuer dans cette voie pour les projets futurs ?

Freeport Leisure est l’ancien nom, mais nous continuons à réfléchir sur ce qui attire la clientèle. Les gens achètent dans les centres de marques pour le plaisir, et non pour des raisons « fonctionnelles ». Nous voulons que nos centres reflètent complètement cette tendance. Le loisir n’est pas seulement le cinéma et le bowling, c’est aussi un environnement agréable, amusant et éclectique. Les dépenses pour des installations de loisirs seraient difficiles à justifier, si on ne leur reconnaîssait pas une réel pouvoir d’attraction, et leur capacité à faire rester les consommateurs plus longtemps. Nous avons beaucoup d’idées dans ce domaine des loisirs (musées, terrains de foot…) en République Tchèque et au Portugal. Ce serait un vrai plus pour la communauté, et nous améliorons nos centres existants en même temps que nous travaillons sur de nouveaux centres.

Comment évaluez-vous l’avenir des centres de marques en Europe à un horizon de 5 à 10 ans ? Quel sera le rôle de Freeport ?

Notre marché reste un secteur en pleine expansion. Le centre de gravité des nouveaux centres se déplacera vers l’Est, cette « nouvelle Europe » qui grandit et prospère. Freeport est bien positionné pour être un des acteurs majeurs dans cette zone du Centre-Europe, en utilisant la République Tchèque comme tremplin, mais nous avons aussi des projets en France. Le site de Gothenburg nous donne accès à la Scandinavie et au nord-est de l’Europe. Avec le soutien de Carlyle, nous pourrions considérer l’acquisition d’autres centres déjà existants.

Les Projets Français de Freeport

Le groupe travaille sur plusieurs projets de centres de marques en France, à Roppenheim (67) et Cannet-des-Maures (83). Compte tenu des contraintes de la réglementation française, nécessitant souvent plusieurs années de procédure, pourquoi continuer à développer les projets en France ? Ne serait-il pas plus facile de vous développer dans d’autres pays ?

La procédure est une opportunité et un problème en même temps. Une opportunité, parce que les projets sont considérés dans le contexte de leurs marché local, et elle limite finalement le nombre de centres, qui ont alors plus de chance d’être un succès. Un problème, parce qu’il faut y consacrer du temps et de l’argent. Mais cela vaut la peine parce que la clientèle française est prospère et apprécie vraiment les centres de marques.

Comment analyseriez-vous la situation du marché en France en ce moment ,et les opportunités possibles comparées aux autres marchés européens ? Comment progressent vos projets ?

La France n’est pas saturée, et je pense qu’il y aura encore 15 à 20 ouvertures de centres de marques. Il y a beaucoup d’opportunités de qualité en Europe, même si certains marchés, comme par exemple l’Italie, se sont développés très rapidement. Concernant nos projets, nous avons obtenu le permis de construire pour Roppenheim, nous avançons sur le site du Canet, et nous avons au moins 3 autre projets en évaluation.

Concernant le projet du Cannet des Maures, plusieurs concurrents semblent aussi s’intéresser au site. Qu’en pensent les responsables de Freeport ?

Pour nous, ce projet est très important pour l’avenir de Freeport et une grande opportunité pour construire un deuxième projet en France. Nous n’avons pas l’intention de vendre.

Propos recueillis par Caroline Lamy pour Magdus, novembre 2007

Pour en savoir plus sur le groupe Freeport :

http://www.freeportplc.com



 

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