En conseil d’agglo mardi, le président a fait comme si les déclarations d’Alain Salzman n’avaient aucune importance. Le promoteur du projet a pourtant clairement choisi la ville par rapport à l’agglo. Mais Georges Frêche dit avoir un plan B et même un plan C. Décryptage de propos riches d’enseignements.
Le discours de Georges Frêche sur le village de marques, en conseil d’agglo, s’est d’abord caractérisé par sa mauvaise foi vis à vis d’un journaliste qui a écrit des choses qui lui déplaisent. Il faut dire qu’il n’est pas très habitué à ça, du moins par les médias dominants. Mardi c’est à Karim Maoudj, journaliste à Midi Libre qu’il s’en est pris à propos d’un article paru le 27 octobre, qualifié de “tract de l’UMP”. Problème, le président de l’agglo raconte n’importe quoi en se mélangeant les pinceaux entre la conférence de presse à la mairie du 23 octobre et une réunion d’il y a plusieurs mois organisée par les services de l’agglo et évoquée par le journaliste. Georges Frêche fait aussi référence au projet d’Alain Manoukian sur le Jeu de Paume dont il n’était pas question dans l’article de Karim Maoudj. Bref, une démonstration tout sauf convaincante du président de l’agglo.
Camouflet Mais ce qui a peut-être agacé Georges Frêche, c’est le titre de l’article : “Village de marques - Comment Mandroux a repris la main.” Car, on l’a vu, Alain Salzman, le promoteur du projet, a déclaré : “Je ne ferai pas ce projet contre la ville de Montpellier.” Bref, entre l’agglo et la ville, Alain Salzman a clairement choisi la deuxième. Un camouflet pour le président de l’agglo. Ce qui fait dire à Rémy Loury (L’Agglorieuse, 28/10) que Georges Frêche “commence à sentir le sol frémir sous ses pieds”. Pour le chroniqueur, “quand la finance fait ses choix, il faut savoir les entendre. Car elle se trompe rarement.”
Alors, “Georges entendra-t-il ?” interroge Rémy Loury. On ne sait pas. En tout cas, mardi, le président de l’agglo a fait comme si il n’avait pas perdu la main sur le dossier : “L’affaire du village de marques préoccupe les commerçants du centre ville de Montpellier. Ils ont raison et c’est tout à fait leur marche [?]. Qu’ils veuillent s’informer et discuter pour savoir si on fait le village ou pas, c’est honnêtement tout à fait reconnaissable. Donc il n’y a pas lieu de se précipiter pour prendre des décisions et je trouve que Mme le maire de Montpellier agit avec sérieux et responsabilité. [...] Quand Mme Mandroux propose de faire étudier l’affaire 6 mois et de revoir après, je pense que c’est une solution de sagesse. C’est une solution raisonnable à laquelle je me rallie et c’est pour ça que je ne suis pas allé à la réunion [du 23 octobre].”
“L’intérêt des commerçants m’a toujours été une chose importante”
Mais Georges Frêche fait aussi comme s’il ne savait pas que, pour Alain Salzman, il était hors de question de faire son projet “contre la ville de Montpellier”. Et rappelle son plan B : “Je vais dire aux maires de quatre communes qui sont là et a priori intéressés par une éventuelle présence du village de marques sur leur commune : Lattes, Vendargues, Baillargues et Castries. Si Montpellier, le moment venu, dit non, je contacterai ces quatre maires et nous discuterons calmement. S’il y a un autre maire qui est candidat d’ici là, il me le fera savoir. Et à ce moment là, nous ferons le village de marques dans la périphérie de Montpellier s’il ne se fait pas à Montpellier. Sauf si nous décidons qu’il ne faut pas faire le village de marques parce que je ne suis pas borné et l’intérêt des commerçants m’a toujours été une chose importante. Donc si, de l’étude que Mme Mandroux, dans sa grande sagesse, a demandé de faire pendant 6 mois de plus, il ressort que le village de marques ajouté à Odysseum, est un vrai danger pour les commerçants du centre ville et qu’il faut mieux surseoir à le faire, j’y souscrirai bien volontiers.”
Hélène Mandroux prend alors la parole pour rappeler à Georges Frêche que si Alain Salzman, “ne s’implantait pas sur Montpellier, il ne s’implanterait pas - je tiens le dire à mes confrères - sur les autres villes de l’agglomération”. Georges Frêche sort alors un plan C de son chapeau : “Je voudrais que vous sachiez que M. Salzman n’est pas le seul organisateur des villages de marques en France et que j’ai été contacté par deux autres qui m’ont dit : « Si Salzman se retire, nous on viendra. » Ceci pour nuancer ce que vous venez de dire. Nous ne sommes pas marié avec Salzman et tout reste ouvert.” Mais Georges Frêche n’a pas été jusqu’à donner les noms de ces gentils organisateurs.
“De l’eau dans son vin” En tout cas, le président a clairement mis de l’eau dans son vin, pour ne pas dire reculé, vis à vis des commerçants du centre ville mais aussi par rapport à son calendrier initial. Il suffit, pour s’en convaincre, de réécouter ce qu’il disait, début avril, à propos de ce dossier (site de La Gazette, 2/04) : “Les commerçants il y en a 25 % qui votent à gauche et 75 % qui votent à droite. Donc si elle [Hélène Mandroux] croit qu’elle va être réélue par les commerçants du centre ville, elle se fait, une fois de plus, de douces illusions (1). [...] Je vous laisse quelques semaines pour réfléchir. [...] Si Montpellier ne veut pas du village de marques, le village de marques ira un peu plus loin, exactement à 1,1 km. [...] J’ai déjà conclu un bon accord avec les intéressés.”
Dernier point intéressant dans les propos de Georges Frêche : “Si jamais le malheur voulait que je ne sois pas réélu président de région, ce sont les aléas de toute élection démocratique, je me désintéresserai de cette affaire. C’est normal.” Donc si on saisit bien le raisonnement, sa non élection à la présidence de la région ferait qu’il se désintéressait d’un dossier qui concerne l’agglo. “C’est normal”, dit-il. Cette déclaration signifierait-elle que Georges Frêche, en cas de non élection à la région, se retirerait des affaires et lâcherait également la présidence de l’agglo ? Ou a-t-il déjà intégré le fait qu’il serait trop affaibli politiquement pour s’y maintenir ? Ou est-ce une tactique pour endormir ceux - et surtout celle - qui lorgnent son fauteuil de président de l’agglo ?
Source : www.montpellier-journal.fr, 01.11.2009