" Lundi matin, la société Bergerac et la communauté de communes du bassin bellegardien, dans l’Ain, présentaient leur projet de « Village des Alpes ». Hier soir, le promoteur G.V.A. et les élus de Tournus faisaient la même chose avec le « Tournus Fashion Village Bourgogne ». La guerre des centres de marques fait donc rage d’un côté à l’autre de la frontière séparant l’Ain et Saône-et-Loire. Du reste, Bernard Boulay, du cabinet de consultants Mall and Market, l’a dit aux 400 personnes rassemblées hier dans la salle du Madeleine Palace : « ce type de projet ne peut pas supporter une concurrence à une portée de flèche ! » Entendez : sur des zones de chalandise non pas seulement proches mais en grande partie communes, on voit mal comment deux centres de marques pourraient coexister. Bien sûr, les précautions que Bergerac avait prises lundi à Bellegarde, G.V.A. les a prises mardi à Tournus : le projet de Tournus viserait ainsi à capter la clientèle de transit nord-sud, celui de Bellegarde la clientèle de transit est-ouest. Reste que le positionnement économique est le même : des produits haut de gamme. « Depuis 20 ans, nous sommes en perte de vitesse, la commune et la communauté de communes sont donc à fond derrière ce projet. Il faut qu’il réussisse, il en va de l’avenir de Tournus, du Tournugeois et de nos enfants », a déclaré le maire Henri Lévêque. Quoi qu’il en soit, les spectateurs, venus certes de la cité de Greuze, mais parfois de bien plus loin, ont vu se dessiner les contours d’un dossier qui devrait être soumis à la commission départementale d’équipement commercial à la rentrée de septembre : 100 commerces rassemblés sur un site de 10 ha comptant 14.500 m2 de surface de vente, dont 1000 m2 réservés à des artisans locaux et 400 m2 à la promotion des produits gastronomiques régionaux ; une maison du tourisme, une maison pour des expositions, une rue piétonne centrale, ponctuée de placettes ; 35 millions d’euros HT d’investissement pour une fréquentation annuelle escomptée d’un million de visiteurs générant un chiffre d’affaires de 60 millions d’euros ; enfin, et surtout insistèrent les défenseurs du projet, quelque 450 équivalents emplois temps plein créés à terme. Évidemment, il n’y avait pas dans la salle que des défenseurs du projet. Pour preuve l’intervention assez vive du président des détaillants de chaussures d’Europe venu de Roubaix affirmer que les emplois créés seraient bien inférieurs à ceux détruits, comme celle aussi du président des unions commerciales de Saône-et-Loire s’attachant d’une part à contester la nature très haut-de-gamme des marques annoncées et d’autre part à dénoncer en conséquence l’aspect concurrentiel pour le petit commerce de cette deuxième mouture du projet. Pour autant, en présence des élus, les tenants du dossier sont restés fermes sur leurs positions : « ce projet, c’est un moyen infaillible pour que la notoriété de Tournus s’affiche au niveau de l’Europe entière » a ainsi estimé Bernard Boulay."
Source : Gilles Platret, 1er mars 2006