"Chicanes autour du travail du dimanche"

" Commerce . La querelle s’envenime à Villacoublay. La droite agite la thèse de « la liberté de travailler ». "

"À l’entrée du centre commercial, trois rangées de visages photographiés sur une imposante affiche aux couleurs d’Usines Center apostrophent les clients : « Grand déstockage, 30 salariés prochainement licenciés. » L’heure est à la communication emphatique pour se rallier l’opinion publique. Car, hier encore, les commerçants des 64 magasins du centre commercial de Villacoublay, dans les Yvelines, ont ouvert le rideau malgré la décision de justice. Le ton monte entre partisans et adversaires du travail dominical, relançant le débat sur le plan national.

Le 14 juin dernier, la cour d’appel de Versailles a provoqué un séisme dans ce centre commercial des Yvelines en ordonnant, après vingt ans de violation de l’article L 221-5 du Code du travail, l’interdiction du travail dominical pour les salariés des commerces de la galerie marchande. Il s’agit d’un « trouble manifestement illicite », ont tranché les magistrats. Urgemment réunis dans l’association intitulée Laissez-nous travailler, les propriétaires des magasins ont donc décidé, hier encore, de passer outre l’arrêt de justice. Mais, pour éviter les

1 000 euros d’amende, ce sont les gérants et leur famille, les seuls à n’avoir aucune restriction pour travailler, qui se sont retroussé les manches et mis derrière les caisses. « Cette solution d’urgence ne permettra pas de sauver les emplois, nous sommes condamnés à licencier trente personnes dans un premier temps, puis quatre-vingts salariés à terme », prévient, non sans alarmisme, Muriel Morel-Liavre, la directrice d’Usines Center à Villacoublay. « Nous voulons promulguer la liberté de travailler le dimanche », poursuit-elle, ajoutant que « les salariés qui veulent travailler le dimanche sont les victimes de cette loi qui date de cent ans ». Un constat auquel ne croit pas la CFTC commerce qui estime que « les ouvertures dominicales détruisent plus d’emplois qu’elles n’en créent », évoquant l’hécatombe parmi les petits commerçants des centres-villes.

À la Fédération de l’habillement des commerçants indépendants (FNH), on tient d’ailleurs à faire entendre sa version. « Usines Center dit qu’il réalise 35 % de son chiffre d’affaires le dimanche, rappelle Charles Melcer, président de la FNH. Ils le font parce qu’ils sont seuls à travailler le dimanche. Si tous les magasins de textile français ouvraient, ils n’auraient plus ce chiffre d’affaires. Les menaces sur l’emploi, c’est de l’intox. J’ai déjà fait fermer d’autres centres le dimanche, et aujourd’hui ils se portent mieux qu’avant. » Récemment, le magasin Louis Vuitton sur les Champs-Élysées a dû renoncer à accueillir les badauds le dimanche. En tout, en six ans, la FNH, associée à la fédération de la chaussure et aux syndicats de salariés, a obtenu la fermeture dominicale de 150 commerces. Un des jugements les plus importants, en 2001, visait une cinquantaine de magasins la Halle aux vêtements.

Profitant de l’agitation actuelle, le député UMP Pierre Lellouche a fait part, dans une interview au Journal du dimanche, de son intention de déposer « la semaine prochaine » une proposition de loi destinée à autoriser l’ouverture dominicale des magasins. « J’aimerais que l’on sorte de l’hypocrisie ambiante et que l’on rétablisse, en face du principe du repos dominical, celui au moins aussi fondamental de la liberté du travail. Si des gens souhaitent travailler et gagner plus, si des étudiants peuvent être engagés à mi-temps pendant le week-end, pourquoi les en empêcher ? » a lancé, dans le droit fil du programme de Nicolas Sarkozy, ce partisan d’une déréglementation du monde du travail."

Source : www.humanite.fr, Ch. C. 26 juin 2006

 

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