C’est le grand dossier de cette fin d’année : un futur centre de marques aux Grandes-Bruyères. Le projet se précise. Toujours très discuté (lire ci-dessous). En ville, les commerçants s’interrogent. Entre envie et inquiétude. Bientôt un centre de marques au sud de Romorantin dans la zone d’aménagement commercial des Grandes-Bruyères 2, à deux pas de l’autoroute ? Le projet, encore vague, est en tout cas dans les tuyaux. En ville, les avis sont mitigés. Dans les commerces, on pèse les plus et les moins. Marie-Claire Fourneau, responsable du magasin de prêt-à-porter féminin grande taille Bonne-Mine remet les choses en perspective : « A Romorantin, il n’y a plus Matra, pas d’industrie nouvelle, moins de taxe professionnelle. Il faut bien trouver une solution. ». Elle se veut donc encourageante. « Il y a toujours quelque chose de positif dans tout projet. » Mais elle ne cache pas son inquiétude : « On constate tous que le centre-ville meurt. On a pourtant une ville agréable, mais ça ne comble pas le pouvoir d’achat en baisse. Tous les centres-villes sont tués en France par le développement des extérieurs. C’est paradoxal, car nous avons une population vieillissante qui ne peut pas se déplacer. » Alors, elle reste sur ses gardes : « On jugera après-coup. Pour l’instant, faisons confiance. » Quelques mètres plus loin, Marielle Jousselin, patronne de la maroquinerie le Zèbre, vit les mêmes hésitations. « J’attends de voir le projet définitif. Ça peut nous apporter du bien en nous ramenant une clientèle select. Mais si c’est pour tirer vers le bas, ce n’est pas la peine. » Elle évoque le village - Val d’Europe de Marne-la-Vallée. « Là-bas, il y a Eurodisney. Le soir, on charge les touristes dans des cars et on les amène faire un tour dans les centres. Mais à Romo, nous n’avons rien de tout ça. » Au magasin de vêtements Ranch, Cécile Marandon estime que « sur une ville avec plus de population, ça ne porterait pas préjudice aux petits commerces. Mais là, même sans ce projet, c’est déjà la dégringolade » Elle voit bien comment « cela pourrait faire du bien à la zone de plaisance et amener de nouveaux clients de l’extérieur. Mais feront-ils l’effort de venir en centre-ville ? Surtout avec les difficultés qu’il y a pour se garer. » Même écho du côté de Jean-Louis Bernon, propriétaire du magasin de vêtement For Man : « Nous allons être confrontés à un problème. La clientèle sortira de l’autoroute, ira au centre de marques et repartira par où elle est venue sans traverser la ville. » Anne-Marie Dhommée est responsable de la boutique De l’or en soie. Derrière son comptoir, elle soupire : « On est là, onze jours avant Noël, et les affaires n’ont pas démarré. » Dans ce contexte de « morosité ambiante, est-ce qu’un centre de marques ne va pas nous enfoncer davantage. Bien sûr, il y a les emplois. Mais dans des endroits comme ça, ce sont souvent des CDD. » Autre soupir. Soudain elle s’illumine : « Ou alors, il faut aussi s’installer là-bas ! » Roland Daridan, président de l’association des commerçants et artisans producteurs de la Halle ne voit lui pas d’un mauvais oeil l’éventuelle arrivée du centre. « Dans l’alimentaire, la concurrence ne jouera pas. Ça peut être positif et faire bouger la ville. A condition bien sûr qu’il y ait une organisation pour attirer les clients dans Romorantin : s’il y a la restauration adéquate, les magasins ouverts en temps et en heure. Dans ce cas, ça ne peut pas être totalement néfaste. » Néfaste ou non, le centre de marques risque d’être souvent commenté dans les boutiques cet hiver.
Source :La Nouvelle République du Centre Ouest Edition LOIR ET CHER, 14 décembre 2006