Centre de marques à Colmar : Faut-il avoir peur du grand méchant loup ?

« L’Alsace » a fait un petit tour à Troyes pour voir comment les commerçants du centre avaient résisté aux centres de marques installés en périphérie. En 1995, « Marques avenue » installait son premier centre en France. À Troyes, forcément, la ville bonnetière qui a grandi avec les magasins d’usine. Aujourd’hui elle vit avec trois villages de marques, des regroupements de magasins d’usine, sous enseigne Marques avenue,McArthurglen et Marques city. Comment les commerçants du centre ont-ils réagi à l’époque ? « Cela s’est fait très naturellement car progressivement », assure l’adjointe aux commerces, Charlotte Carvallo. Le bijoutier et ancien président de l’association des commerçants, Jean-Pierre Boissonnet, n’a pas la même lecture. « Pour beaucoup, c’était la fin du monde ! Je me souviens de mon collègue de Devred, il a téléphoné à son patron en disant qu’il fermerait avant la finde l’année. Il est toujours là ! » Panique d’autant plus que l’ancien maire, Robert Galley, avait suggéré l’idée d’une installation en centre ville. La levée de boucliers a été telle qu’on a déplacé le projet en périphérie. « Ce sera toujours mon regret », commente M. Boissonnet… Le « bouchon » n’a pas sauté Avec quinze années de recul, les commerçants du centre ont constaté qu’ils étaient toujours là. « Il y a eu une vingtaine de fermetures après cela, mais pas forcément qu’à cause des magasins d’usine »,déclare Christophe Pereira, de la CCI. Celui-ci ajoute que Troyes et son agglomération comptaient 953 enseignes en 2000 et 1 038 en 2009. « Les commerçants qui avaient des difficultés ont disparu. D’autres ont fermé et sont allés travailler à Marque avenue. Mais les vrais professionnels ont tenu », complète le bijoutier. La Ville a eu son rôle à jouer pour « contre balancer » via une requalification du centre ville, détaille Mme Carvallo. Ce que les Troyens appellent « le bouchon » a été complètement relooké dans le but d’y faire revenir des habitants tout en permettant aux commerçants de pouvoir agrandir leurs surfaces. Et ce avec aides à l’appui. Aujourd’hui, le centre abriterait environ 500 commerces dont 90 enseignes, seules à pouvoir assumer les prix prohibitifs du centre. Au final, il semble que la majorité des commerçants du centre ne s’arc-boutent plus aujourd’hui contre les centres de marques. Leur problème est plutôt d’attirer en ville, la clientèle de ces lieux, au bas mot 4millions de personnes. Et ça, ce n’est pas gagné. « On n’a toujours pas trouvé la recette. Les villages sont fréquentés à 70% par des clients extérieurs et seul 5 % viennent au centre », constate Christophe Pereira. « Vous imaginez le potentiel ! », se désole le bijoutier qui a déjà tenté de mettre en place des animations communes entre les centres et le centre. « Cela n’a pas marché car les commerçants du centre ville ont bloqué ! C’est terrible d’essayer de faire bouger les choses avec des gens qui ne pensent qu’à eux et ne voient pas l’intérêt général  »… « Une manne » L’ancien président évoque aussi, parmi ses soucis, le manque de développement démographique de la ville et… internet, beaucoup plus dangereux que les centres de marques selon lui. Centres de marques que certains voient plutôt en perte de vitesse, à tort ou à raison (lire notre dossier de demain). « Je me demande ce que cela deviendra dans dix ans…À force d’en ouvrir partout, il commence à y en avoir trop », s’interroge l’adjointe, dubitative. Plusieurs affirment que les villages de marques ont beaucoup souffert de l’augmentation de l’essence. Jean-Pierre Boissonnet conclut : « Avec 60 à 70%de leurs chiffres d’affaires réalisés pendant les soldes, il ne faut pas croire que c’est l’ogre qui va tout bouffer. Aujourd’hui, pour nous, ces centres sont une manne ! »

Textes Annick Woehl

Source : l’Alsace, 10.07.2010

 

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