Suite de notre dossier de samedi. Spécialisé dans les centres de marque à la CCI de Troyes, Didier Moret a travaillé sur le projet de Marques avenue à Sainte-Croix-en-Plaine. Didier Moret dit avoir l’habitude de susciter haine et amour, selon que ses interlocuteurs défendent ou non les centres de marques. Expert en la matière et responsable de l’Observatoire économique de l’Aube, il a présenté l’étude d’impact et de faisabilité d’un projet de Marques avenue à Sainte- Croix-en-Plaine, cette semaine à quelques élus de la communauté d’agglomération de Colmar (lire ci-contre). Le centre de marques s’implanterait sur un terrain de plus de huit hectares, comprendrait 126 boutiques et créerait plus de 400 emplois. Soumis à la confidentialité, Didier Moret pose néanmoins les principaux enjeux de tels projets, qui vont au-delà du seul aspect commercial. L’aménagement du territoire et le développement touristique sont également en jeu.Ainsi, à Roppenheim,dans le Bas-Rhin, on espère un rééquilibrage des flux commerciaux de Strasbourg vers le nord de la région. « Et cela génère de l’emploi et valorise l’image du territoire », estime Didier Moret. D’autant que le concept marche bien et que, si les taux de croissance à deux chiffres des années 1990 ne sont plus, Didier Moret ne parle pas d’essoufflement : « Alors que le chiffre d’affaires de l’ensemble des segments classiques de distribution a baissé de 5,5%, le chiffre des vingt centres de marques français a progressé de 3% en 2009 par rapport à 2008.Une performance. » « Surconsommation » La proximité du futur centre de Roppenheim ne serait-ellepas un frein à cette progression ? « Oui, il y a chevauchement de clientèle, mais c’est du plaisir que les consommateurs viennent chercher. Des coups de coeur qui génèrent un phénomène de surconsommation. » « On n’a observé aucune dévitalisation des équipements commerciaux classiques en centre ville et en périphérie. » Ce qui ne signifie pas que le centre de marques n’a pas d’impact, au contraire : « Toutes les formes de distribution sont impactées », certains commerces subissant une concurrence de plein fouet. Citant le cas de Troyes, où un centre de marques a ouvert au début des années 1990, 14 commerces auraient pâti de cette concurrence, « des commerces presque condamnés, surtout des indépendants qui n’ont pas cherché à se repositionner ». « Où que je sois allé, je n’ai jamais entendu de dialogue avec les commerçants à ce stade : ils ne veulent rien entendre ; mais quand le projet est plus avancé, ils appréhendent la réalité différemment. Certains entrent en contact avec l’opérateur (Marques avenue) pour adapter leur offre. » La carte de la synergie Didier Moret cite le cas d’une enseigne présente dans le centre de marques qui a ouvert une boutique en centre ville pour un positionnement de gamme différent. Et une complémentarité. « Il existe une synergie entre les boutiques de centre ville avec la collection en cours et celles de centres de marques avec des invendus. » L’expert suggère vivement a u x c ommerçant s indépendants de dialoguer avec l’opérateur et même d’exprimer des demandes précises. « Quand je conseille les collectivités, je leur dis de s’assurer de la capacité à commercialiser, c’est-à-dire de la qualité de l’offre. » Remarque conclusive de Didier Moret : « Il faut dépassionner le débat et poser l’ensemble de la problématique. Le plus important est que le territoire fasse le bon choix pour lui. »
Anne Vouaux
Source : l’Alsace, 11.07.2010