"Chance ou chancre pour le bassin de vie : le village de marques de Bellegarde, dans l’Ain, a ses partisans et ses détracteurs. Chaque camp affûte ses batteries.
Terre de passage sur l’axe alpin et carrefour naturel, l’Ain attire par sa relative bonne santé économique et par son espace de qualité. La perméabilité de ses frontières et le voisinage des puissantes agglomérations de Genève et Lyon constituent un autre atout, avec les “transhumances” vers la montagne, particulièrement massives. C’est sur cet état des lieux que s’appuie le projet de Village des Alpes de Châtillon-en-Michaille/Bellegarde, lequel vient à point pour redonner espoir et tonus à un territoire aujourd’hui marqué par l’effritement de son potentiel industriel et dont le commerce local a beaucoup perdu, depuis vingt ans, pris en tenaille entre les installations de Migros à Étrembières (Haute-Savoie) et à Thoiry (Ain). Président de l’une des plus vieilles associations commerciales du département, Bernard Roux ne veut pas s’installer dans la lente agonie que connaît le commerce bellegardien, surtout si le projet, en cas de refus sur place, devait s’installer à quelques encablures de l’Ain. “Il ne s’agit pas d’une bombe thermonucléaire pour le commerce”, dit-il en réfutant les arguments, qu’il juge “spécieux”, des opposants. “Les commerçants locaux ont dépassé leurs craintes. La seule crainte que l’on ait, c’est de ne pas l’avoir”, ajoute-t-il.
L’avis est radicalement opposé du côté de la Fédération des unions commerciales (Feudac), qui s’est déjà opposée au projet de Tournus (Saône-et-Loire) et au débarquement d’enseignes dans la périphérie burgienne et s’appuie sur un collectif de fédérations du Jura, du Rhône, de Saône-et-Loire et des Savoie. Son président, Jacques Drhouin, un commerçant d’Hauteville, élu local, s’interroge : “Où seront nos centres-villes dans quinze ans, si on laisse faire ? C’est un choix de société. Je comprends les Bellegardiens : le père Noël arrive ! Mais il faut voir plus loin que ça. Et il faut se battre pour que ce genre de projet n’existe plus en France.” “C’est une bataille d’arrière-garde, s’émeut Patrick Perréard, maire de Châtillon-en-Michaille, partisan du Village. L’évasion commerciale est de 60 millions d’euros par an, sur notre territoire.” Et son collègue de Bellegarde, Régis Petit, de renchérir : “Côté désertification, on a donné ! ” Lui est confiant dans la qualité d’un dossier qui, de surcroît, intégrera le site industriel de Lejaby, et attend des études d’impact (commandées à un organisme indépendant) qu’elles démontrent le bien-fondé “d’un projet très ambitieux, positionné sur le haut de gamme. Les promoteurs ne peuvent pas faire n’importe quoi. L’impact potentiel devrait être plus que relatif sur les centres-villes des alentours”. Le président de la Chambre de métiers de l’Ain s’est, d’emblée, opposé au projet. Côté Chambre de commerce de l’Ain, on invoque le droit de réserve. La CDEC* est prévue pour l’automne 2006 : on lui souhaite bien du plaisir."
Laurent Guigon
* Commission départementale équipement commercial.
Source : www.brefonline.com, Laurent Guigon, juin 2006