Verviers. Pour se relancer, l’outlet veut changer de cap, mais la Ville et l’UCM disent « niet » à sa nouvelle stratégie.
Le gigantesque parking est très loin d’être bondé et les boutiques ne grouillent pas de monde. Près de trois ans après son inauguration, l’AOC (Ardennes Outlet Centre) de Verviers n’a pas encore décollé. Et on peut même se demander (lire ci-contre) si ce complexe de magasin d’usines dont l’aménagement a coûté 35 millions d’euros décollera un jour et si le groupe britannique Comer réussira à rentabiliser sa mise de fond.
Les promoteurs espéraient y attirer trois millions de personnes par an. On est loin du compte puisque, selon sa directrice Yaël Reicher, la fréquentation annuelle de l’AOC ne dépasse pas le million de visiteurs. Yaël Reicher se livre même à un mea culpa. « L’équipe commerciale recrutée à l’origine a failli à sa mission avant l’ouverture et durant les douze premiers mois d’activités », reconnaît-elle avant de souligner que le contexte socio-économique n’a pas facilité les choses. Pour l’essentiel cependant, elle renvoie la balle dans le camp des autorités communales. « On nous a mis une énorme pression pour que le complexe s’ouvre fin 2005 alors que nous n’étions pas prêts », déplore-t-elle. La directrice ne le dit pas explicitement, mais elle laisse ainsi entendre que les autorités voulaient que le projet devienne réalité avant les élections d’octobre 2006.
Yaël Reicher reproche aussi aux instances municipales de ne pas s’être remuées pour que Verviers soit reconnue en tant que ville touristique, label indispensable pour obtenir l’ouverture de commerces le dimanche. « Or, l’ouverture dominicale est une condition sine qua non du succès d’une entreprise comme la nôtre. Un outlet est aussi une attraction touristique qui draine l’essentiel de sa clientèle les week-ends », insiste la directrice de l’AOC.
Pour redresser la barre, l’Ardennes Outlet Centre a décidé de revoir sa stratégie. Elle a donc demandé à la Ville de lui permettre d’accroître sa superficie d’exploitation et de modifier le concept du site en y instaurant une forme de mixité commerciale en accueillant, à côté des magasins d’usine, de grandes et moyennes surfaces axées sur des domaines comme l’ameublement ou les loisirs.
Concurrence insoutenable
Ce changement de cap s’est cependant heurté à un refus catégorique tant du collège communal que de l’Union des classes moyennes, qui estiment qu’il constituerait une concurrence insoutenable pour les commerces du centre-ville et le futur complexe de Foruminvest. « Le Collège a annoncé son refus à la presse avant même de nous le communiquer », s’offusque Yaël Reicher qui regrette ce qu’elle considère comme une absence de dialogue de la part des autorités communales.
La directrice de l’AOC refuse cependant de rendre les armes. « Notre nouvelle stratégie serait complémentaire et en aucun cas concurrente au reste du tissu commercial verviétois », plaide-t-elle. Faut-il dès lors en conclure que le groupe Comer mettra la clé sous le paillasson si la Ville ne fait pas marche arrière ? Yaël Reicher ne veut pas encore envisager une telle éventualité. « Notre groupe souhaite encore rentabiliser son investissement, assure-t-elle, et ma priorité est de préserver les 100 emplois actuels générés par les boutiques existantes. Et si notre nouvelle stratégie est enfin comprise, on pourrait même créer de nombreux emplois supplémentaires. »
DANIEL CONRAADS
http://www.lesoir.be, 05 septembre 2008.