" Pas moins de 51 sont en lice, surtout en Région wallonne. Il s’agit-là d’une « maladie de jeunesse » de la nouvelle loi socio-économique. Celle-ci a retiré le droit de veto aux Régions pour le donner aux communes.
AU MIPIM, À CANNES
Le Mipim est l’événement immobilier clé qui réunit, quatre jours durant (14-17 mars pour sa 17e édition), en un seul lieu (Cannes), la grande majorité des professionnels du globe (plus de 20000 cette année). Une occasion unique dont certains profitent pour annoncer un contrat, présenter un projet, sortir une étude originale...
Ainsi en est-il de Negocio, lettre d’information belge sur le retail (ou immobilier commercial), qui a analysé les projets commerciaux - construction et extension de shopping centers, centres de magasins de périphérie (ou retail parks) et magasins d’usine - échafaudés en Belgique et, en partenariat avec la société de géomarketing Geodata, les a reproduits sur une carte comprenant également le parc existant (1).
Le résultat est... impressionnant ! Bout à bout, les 51 nouveaux programmes répertoriés représentent près d’un million de m2 : 948487 m2 de construction (36 projets) et 48978 m2 d’extension/rénovation (15). Si la totalité est réalisée - ce qui n’arrivera pas, au regard des déjà nombreux recours et autres arrêts -, le parc des centres commerciaux se verra augmenté de 56 pc.
Patrimoine commercial.
Actuellement, la Belgique compte 1774068 m2 de commerces intégrés répartis sur 115 sites : 51 centres commerciaux (47 pc de la superficie totale), 21 galeries (11 pc), 40 pôles périphériques (39 pc) et 3 magasins d’usine ou factory outlet (3 pc). Les nouveaux projets présentent quasiment la même répartition puisqu’il y a autant de projets de shoppings center que de projets de périphérie, contre un factory outlet. « Le retail park devient manifestement le produit à la mode. Tout le monde veut en faire partout », confirme la rédaction de Negocio, non sans l’étonner, la Belgique étant déjà un des pays les mieux équipés en matière de commerces de périphérie.
Autre constatation surprenante : la répartition géographique de ces projets. Avec 25000 m2 supplémentaires en prévision, Bruxelles reste assez stable. Avec 346445 m2, la Flandre fait un pas en avant. Avec 625487 m2, la Wallonie explose.
Deux marchés, surtout, risquent de s’en retrouver bouleversés : Namur et la région carolorégienne. " Si l’ensemble des programmes annoncés à Farciennes, Châtelet et Charleroi s’y réalisent, elles deviendront, dans l’ordre, les trois communes les mieux équipées en centres commerciaux du Royaume », lit-on encore dans Negocio. « Pour Farciennes, le ratio m2 de vente par 1000 habitants dans un rayon de 20 minutes serait 2,3 fois plus élevé que celui de Liège. Quant à Namur, aujourd’hui sous-équipée, il est vrai, le ratio progresserait de... 36 fois ".
Le Brabant wallon (Wavre, Rixensart, Ottignies-LLN), déjà parmi les mieux équipés afin de... bien profiter du pouvoir d’achat élevé de sa population, va encore grandir, mais dans une moindre proportion. Du côté flamand, ce sont les villes de Gand, Courtrai et Bruges qui pourraient voir leur parc doubler, tripler ou quadrupler.
Ce million de m2 supplémentaire ne peut qu’interpeller. D’autant que « si les produits se multiplient, qu’apportent-ils comme plus-value, tant pour le consommateur que dans le paysage urbanistique ? », s’interroge Negocio. « Très peu d’entre eux en effet se détachent du lot par une approche novatrice, conceptuellement forte ».
Faut-il y voir une maladie de jeunesse de la nouvelle loi socio-économique ? Sans aucun doute, conclut la lettre professionnelle. « La prise de décision finale par l’échelon communal a fortement renforcé la concurrence entre villes et pousse les développeurs à se positionner à de multiples endroits. Tous ces programmes ne pourront sortir de terre. Le marché devra apprendre une nouvelle autorégulation ». "
(1) negocio@ekoscripto.be ou 02.344.95.43
La Libre Belgique 2006, www.lalibre.be, Charlotte Mikolajczak, 20 mars 2006