Les magasins d’usine attirent une clientèle désireuse de trouver des produits de qualité mais à bas prix. Pour les usines, ces boutiques permettent d’écouler le surplus ou de vendre de la marchandise présentant des défauts.
L’enseigne Weill a été créée en 1892. Après avoir inventé le prêt-à-porter, cette entreprise familiale innove avec le concept de marque dans la mode, avant que ne commence la grande aventure de l’industrialisation des vêtements qui seront fabriqués dans les usines de Laon et de Provins. La plus ancienne maison française de vêtements a donc installé l’une de ses usines dans l’Aisne. Ce site a débuté son activité en 1957 et a employé jusqu’à 250 personnes. L’usine, qui a déménagé depuis 1973, compte aujourd’hui 80 salariés. Comme la plupart des autres marques, Weill possède des magasins d’usine. À Laon, leur boutique propose des pièces imparfaites et des stocks invendus. On y trouve de sacrées bonnes affaires. « Le prix est divisé par deux, rappelle la responsable du magasin. Les promotions se font toute l’année et nous organisons deux braderies par an pour écouler les fins de série ». La marque Weill s’est ouverte, depuis ses débuts, au chic et à l’élégance. Son credo : offrir une gamme de vêtements pour les femmes afin de les embellir. La clientèle du magasin cherche « le prestige et la qualité du tissu ». Ce sont essentiellement des femmes âgées entre 40 et 80 ans, qui viennent acheter leur manteau ou leur jupe. Certaines font des centaines de kilomètres pour trouver la bonne affaire. « Elles viennent des Ardennes, du Nord et de la Marne », précise la responsable.
Dernier tissage traditionnel
À Saint-Quentin, le magasin d’usine des Textiles Bochard, ouvert uniquement le vendredi, surfe sur sa notoriété. Les clients se succèdent dans cette petite boutique pour acheter du linge de maison. Cette entreprise fait partie des derniers tissages traditionnels de la région picarde. À côté, dans le même bâtiment, l’atelier de fabrication fonctionne toujours, avec uniquement cinq employés. « Nous résistons parce que nous sommes très petits. Nous vivons avec peu de charges », souligne le PDG Philippe Bochard. Le maître-mot de cette entreprise de textile, c’est la tradition et le haut de gamme. Serviettes de bain ou de table, nappes, torchons, tissus d’ameublement… Les broderies sont très spécifiques et très attachées à la ville de Saint-Quentin. Dans les rayons, on découvre des tissus ornés de l’hôtel de ville de la cité des Pastels. Tous ces produits haut de gamme sont vendus à des prix très abordables. C’est le surstock de l’atelier qui est revendu, ainsi que des retours de produits. Difficile de retrouver ailleurs cette qualité, surtout dans les produits « made in China ».
Lingerie et collants
Les Textiles Bochard, crées en 1947, travaillent d’ailleurs pour des marques prestigieuses comme Fauchon et livrent même de magnifiques torchons à l’Élysée et au sénat. Philippe Bochard regrette le temps où les entreprises de textile fleurissaient dans la région. « Dire que les meilleures machines à tisser étaient françaises. Il n’y a plus d’industrie dans notre pays. Vous vous rendez compte », soupire ce patron. La région picarde comptait autrefois plus de 5 000 métiers à tisser. Cette entreprise familiale possède d’ailleurs l’un deux, ayant appartenu à Coco Chanel et classé monument historique. Dans le nord du département, se trouve une autre marque dont le nom n’est pas étranger à beaucoup : Le Bourget. Cette société renommée dans le monde des lingeries, a vu le jour à Fresnoy-le-Grand, grâce à son fondateur Jean-Pierre Saltiel. Une installation qui n’était pas due au hasard mais à la qualité du tricotage que l’on y obtenait. Bas, collants, sous-vêtements. Avec l’usine Le Creuset, Le Bourget est l’autre fleuron de cette ville de « la maille et de l’émail ». Son magasin de déstockage propose des prix d’usine très intéressants. Rachetée en 1999 par l’Italien CSP, numéro 3 du collant en Europe, la société vient d’engager une modernisation de ses installations. Les nouveaux locaux seront notamment dotés d’un magasin d’usine.
PRATIQUE :
Textiles Bochard : 2 rue Legrand Girarde à Saint-Quentin, tél 03.23.08.17.84, ouvert le vendredi de 10 à 12 h et de 14 à 18 h ; Weill, 12 rue Ampére à Laon, ouvert du lundi au samedi de 9 h 30 à 12 h et de 14 à 18 h 30 ; Le Bourget, rue J-P Saltiel à Fresnoy-le-Grand, du lundi au samedi de 9 à 12 h et de 14 à 18 h.
DES BOUTIQUES PAS COMME LES AUTRES Un magasin d’usine est un entrepôt où un producteur vend directement au public ce qu’il n’a pas écoulé dans le circuit classique. Seuls les produits de la saison précédente peuvent être vendus. Ce sont donc des boutiques juridiquement très encadrés. L’article L. 310.4 du code du commerce stipule bien : « Ces ventes directes concernent exclusivement les productions de la saison antérieure de commercialisation, justifiant ainsi une vente à prix minoré ». Ceux qui contournent la loi sont passibles d’une amende de 15 000 euros. C’est à partir des années 80 que les magasins d’usine se sont implantés en France. Ce commerce s’est donc développé depuis une vingtaine d’années. Dans l’Aisne, plusieurs sociétés ont ouvert leur point de vente. La fonderie Le Creuset possède cinq magasins d’usine en France et au Benelux et compte bientôt en ouvrir trois autres. Les prix sont donc attractifs tout au long de l’année, sans compter les soldes et les opérations exceptionnelles comme les braderies. La société en organise d’ailleurs une vente au déballage une fois par an, en commun avec l’usine voisine Le Bourget. À noter qu’un magasin d’usine est différent d’une solderie ou d’une boutique dégriffée qui peut proposer des articles datant de deux ou trois ans voire plus. Un magasin dégriffé ne fait pas de vente directe. Enfin, certaines marques proposent sur Internet des ventes en ligne. Le Bourget présente, par exemple, son coin des bonnes affaires. Cette année, les soldes de janvier vont certainement afficher des prix très intéressants.
Source : L’Aisne Nouvelle, 07.01.2008